PRINCIPES ET PROCÉDÉS DE GOUVERNEMENT. i89
« m’a élevé au grade de général, ce dont je félicite aussi« madame la générale. Chose étrange ! j’ai reçu le rang de« contre-amiral pendant une campagne dans les steppes, et« voici que je deviens général alors que je suis en mer (1). «L’histoire, contée par Nartof, de sa rencontre avec Romoda-juovski sur le chemin de Préobrajenskoïé met plaisamment enlumière cette perpétuelle équivoque, qu’il lui plaisait demaintenir entre la réalité et la fiction de son rang et de son■rôle. Pierre en modeste cabriolet, à son ordinaire, salue lefaux souverain, en lui donnant son titre : « Mein gnâdiger HerKaiser » , mais en oubliant de se découvrir. Romodanovski, engrand équipage, entouré d’une suite nombreuse, précédéd’un courrier qui écarte la foule à grands coups de fouet et àgrands cris : « Rangez-vous ! chapeau bas ! » passe comme unetrombe en lançant au vrai souverain un regard de colère. Uneheure après, il mande chez lui Pierre Miliaîlof, et, sans selever ni le faire asseoir, l’interpelle brutalement : « Depuisquand s’avise-t-il de ne pas ôter son chapeau en le saluant ? »— « Je n’ai pas reconnu Votre Majesté sous son costume tatare » ,réplique Pierre (2). Et Sa Majesté n’insiste pas. Il lui souvientsans doute de certaine lettre reçue de Pierre Mihaïlof, à lasuite d’une plainte de Jacques Rruce, et commençant par cesmots : « Bête féroce [zvier J), jusqu’à quand continueras-tu à« maltraiter ainsi les gens? Il m’en arrive jusqu’ici (Pierre est« alors en Hollande) que tu as estropiés ! Renonce à ton inti-« mité trop grande avec Ivachka (l’ivrognerie) ; elle donne à« ceux qui s’y laissent aller la g... d’un imbécile (3). .
Mais voici qui est beaucoup plus grave : toute cette faussehumilité et toute la très réelle abnégation qui s’y joint n’em-pêchent point que le même homme ne soit, vis-à-vis de cepeuple même qu’il prétend servir, pour lequel il se dépouilleet auquel il fait le sacrifice entier de sa vie, d’être, dis-je, non
(1) Corresp édit, de J.861, p. 34.
(2) Nartof, p. 93.
(3) Correspondance , 22 décembre 1697, t. I, p. 226. Comp. Oustrialof,t. III, p. 95.