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L’HOMME.
de communication pour le passage des plats. Pierre ne souf-frait pas, en effet, la présence à table de nombreux domesti-ques, et ce trait est bien hollandais encore. Quand il mangeaiten tête-à-tête avec sa femme, cas le plus habituel, le serviceétait fait par un seul page choisi parmi les plus jeunes et parla femme de chambre la plus affidée de l’Impératrice. Si latable s’augmentait de quelques convives, le chef de cuisineVelten présentait lui-méme les plats avec l’aide d’un ou deuxdienchtchiks. Enfin, le dessert servi et une bouteille ayantété placée devant chaque convive, ordre était donné à tous dese retirer (1).
Ces dîners sont sans cérémonie. On n’en donne jamais d’au-tres dans la maison du Tsar. Les jours de gala, on dîne chezMenchikof, qui préside alors des repas somptueux, où figurentdeux cents services préparés par des cuisiniers français, avecune profusion de vaisselle d’or et de porcelaine de prix. Legrand palais d’été a deux salles à manger : une au rez-de-chaussée, une autre au premier étage, et aussi deux cuisinesattenantes. Pierre a trouvé moyen, en 1714, de s’occuper avecun soin méticuleux de l’aménagement de ces cuisines. Il les avoulues assez spacieuses, relativement, et garnies de carreauxde faïence sur les murs, afin, disait-il, que la haziaîka (maî-tresse de maison) y fût à son aise pour surveiller le fourneauet préparer, à l’occasion, des plats de sa façon (2). Sans êtreun cordon bleu, — elle passe pour s’être plutôt occupée de lalessive dans la maison de ses anciens maîtres, — Catherine ades talents culinaires.
Pierre, lui, est très gros mangeur. En octobre 1712, à Ber-lin, il soupe chez le prince royal, après avoir soupe déjà chezson chancelier, Golovldne, et mange de grand appétit auxdeux tables. Racontant le second de ces repas, le ministre duroi de Pologne, Manteuffel, fait l’éloge du Tsar, qui « s’estsurpassé », car « il n’a ni roté, ni p..., ni ne s’est curé lesdents, au moins je ne l’ai vu ni entendu » . Et, pour donner
(1) Staehux, p. 109; Nartof, p. 53.
(2) Golikof, t. V, p. 570, note.