TRAITS INTIMES.
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La Hollande n’a pas réussi à lui communiquer ses goûts etses traditions de propreté et d’ordre domestique. A Berlin,en 1718, la Reine faisait démeubler la maison — Monbijou —qui lui était destinée, et la précaution ne se trouvait pas inu-tile. Le logis lui-même était presque à rebâtir après sondépart. « La désolation de Jérusalem y régnait », dit la mar-grave de Baireuth. En un détail seulement, ses répugnancesinstinctives s’accordaient mal avec les sordides accoutumancespar lesquelles l’Orient voisin se perpétuait dans son intérieur:il avait l’horreur de certains parasites, qui, alors commeaujourd’hui, hélas ! pullulaient trop fréquemment dans lesdemeures moscovites. La vue d’une blatte ( cafard) le faisaitpresque défaillir. Un officier, chez lequel il s’est invité à dîner,lui en montre une, qu’il a, croyant ainsi être agréable à sonhôte, clouée au mur en un endroit apparent. Pierre se lève detable, tombe sur le malheureux officier à grands coups de sadoubina, et prend la porte.
III
Ses plaisirs sont comme ses goûts. On y voit peu d’élégance.Il n’aime pas la chasse, à l’encontre de ses ancêtres, grandstueurs d’ours et de loups, fauconniers passionnés. Cette imagede la guerre offense son esprit pratique. Il n’aime la vraieguerre, ou plutôt ne s’y résigne que pour les profits qu’on enpeut tirer. Une fois pourtant, au début de son règne, on l’en-traîne à une chasse au lévrier ; mais il fait ses conditions : ilne veut ni piqueurs ni valets de chiens figurant en tiers dansla partie. On obéit, et c’est un mauvais tour qu’il joue à sesamis, en se donnant la joie de leur faire sentir le côté conven-tionnel de leur divertissement. Piqueurs et valets renvoyés, leschiens sont en révolution, se jetant entre les jambes des che-vaux, tirant sur leurs laisses de façon à désarçonner les cava-liers; en un instant la moitié de la compagnie est parterre, et