TRAITS INTIMES.
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jours; il s’occupe même de les marier. Quand la catastrophedu malheureux Alexis a mis en faveur un des sbires chargésde la capture du Tsarévitch, Alexandre Roumiantsof, un boïaroffre à ce dernier sa fille assez richement dotée. Fils d’un petitgentilhomme du gouvernement de Kostroma, Roumiantsof estpauvre.
— As-tu vu la fille? lui demande Pierre.
— Non, on dit qu’elle n’est pas sotte.
— C’est quelque chose; mais je veux la voir.
Il va le soir à une réunion où la jeune personne doit setrouver, se la fait montrer aussitôt qu’il est entré, hausse lesépaules, dit en se parlant à lui-même, mais très haut :« Nitchémou nie byvate! » (Rien à faire!) tourne les talons etprend la porte. Le lendemain, en apercevant Roumiantsof, ilrépète : « Nitchémou nie byvate! » puis ajoute : « Je te trou-« verai autre chose, et pas plus tard que ce soir; sois là à cinq« heures. » Exact au rendez-vous et invité par le Tsar à pren-dre place avec lui dans son cabriolet, Roumiantsof n’est pasmédiocrement surpris en voyant la voiture s’arrêter devant lamaison du comte Matviéief, un des plus nobles et des plusopulents sujets de l’Empire. Pierre aborde familièrement lecomte en l’embrassant, et, à brûle-pourpoint :
— Tu as une fille à marier; voici le mari.
Sans autre préliminaires, mademoiselle Matviéief devientmadame Roumiantsof. A en croire certains témoignages, elleaurait été déjà— à dix-neuf ans — la maîtresse du souverain,et une maîtresse volage. L’ayant surprise peu de temps aupara-vant en flagrantdélit d’infidélité, Pierre aurait choisi ce moyende constituer un gardien à sa vertu trop fragile, non sans avoirpréalablement administré à la belle une solide correction manupropria (1).
Mais les chapitres suivants renseigneront mieux le lecteursur ce qu’il est possible historiquement d’apercevoir de cer-tain ou de probable dans ce coin obscur de son intimité.
(I) PvlaieF, La vieille Moscou, p. 52.