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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’HOMME.

de son carrosse, aussi doré que celui de Menchikof, pourserrer la main du vieux compagnon. Le cœur sur la main,généreux et hospitalier, nourrissant une armée de mendiantset tenant table ouverte de cinquante couverts tous les jours,il offre à la vue un des derniers spécimens de l’ancien boïarmoscovite, dans ce que le type a eu de sympathique.

Alexandre Danilovitch Menchikof en personnifie un autre,bien différent. Il ouvre en Russie la série des grands parvenus,créatures du caprice souverain. Une légende veut que dans sajeunesse il ait été garçon pâtissier. Son diplôme de prince lefait descendre d’une ancienne famille lithuanienne. A larigueur, les deux versions peuvent s’accorder. Le fils d’unpetit gentillâtre des environs de Smolensk a pu vendre desgâteaux dans les rues de Moscou ; un chevalier de Saint-Louisen vendait bien à Versailles du temps de Sterne (1). Son père,en tout cas, n’a pas franchi le grade de caporal dans le régi-ment Préobrajenski, et il y débutait lui-même aux environsde 1698 comme sergent. Peut-être cumulait-il à ce momentcet emploi avec le colportage des pirogui. Même dans les régi-ments de nouvelle formation mis sur pied par Pierre, les tra-ditions léguées par les Streltsy ont longtemps perpétué unélément d’industrialisme fort curieux. Mais à cette époquedéjà le jeune homme passait pour être très avant dans lesbonnes grâces du Tsar, qui se servait pour le désigner dudiminutif caressant d ’Alexachka et lui prodiguait en public destémoignages d’une tendresse presque passionnée (2). On sesouvient du rôle que des rapports, d’ailleurs contestés, luifont jouer dans une scène de violence chez le général Gheïne,où Pierre a eu besoin d’être rappelé à la raison (3). L’originede sa faveur est attribuée par d’autres récits à une interventionautrement salutaire et importante dans la destinée du sou-verain. Se rendant à dîner chez un boïar, Pierre est accostépar le pirojnik ; sa figure lui plaît, et il l’emmène, le faisant

(1) Sentimental Journey. Chapitre du pâtissier.

(2) Voy. Solovief, t. XIV, p. 267.

(3) Voy. ci-dessus, p. 128.