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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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COLLABORATEURS, AMIS ET FAVORIS.

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ce sujet. Chérémétief, en lui annonçant le gain de la bataillede Poltava, lappelle Sire et Votre Majesté. On ne pénètre dansla cour de son palais quà pied et chapeau bas ; Pierre lui-même laisse son cabriolet à la porte. On se prosterne jusquàterre en labordant. Il a un luxe de monarque asiatique et desfantaisies personnelles à lavenant. Sa suite, quand il va à lachasse, se compose de cinq cents personnes, et les visiteurs detout rang qui se présentent chez lui sont tenus de vider enentrant un énorme verre deau-de-vie grossière assaisonnée depoivre, quun ours apprivoisé leur sert en grognant. Si on faitmine de refuser, lours lâche le plateau et empoigne le visi-teur (1). Mais le même homme na garde doublier que le par-venu Menchikof est grand amateur de poissons, et il prend soinde lui envoyer les meilleurs produits de son vivier, en mêmetemps que des barils de vin et dhydromel au dienchtchik Pos-piélof, grand ivrogne et grand favori du Tsar (2).

Chérémétief est, lui aussi à sa manière, un représentant dupassé. A Narva, il perd la tête, comme tout le monde ; à Pol-tava, il fait bravement son devoir, comme tout le monde ;dans son testament, rédigé en 1718, il confie son âme péche-resse au Tsar (3), et ce trait le peint tout entier. Il est simple,candide et ignorant.

Quel grade aviez-vous avant de venir ici? demande-t-ilà un sous-officier qui arrive dAllemagne.

Capitaine darmes.

Arm, cela ne veut-il pas dire pauvre en allemand ? Vousétiez dans votre pays un pauvre capitaine ; eh bien, vous serezcapitaine chez nous et riche par-dessus le marché (4).

Mais cest un superbe soldat; toujours le premier au feu,gardant sa tranquille sérénité sous les balles, adoré de seshommes. Dans les rues de Moscou, sil aperçoit quelque offi-cier ayant servi sous ses ordres, il ne manque pas de descendre

(1) Hmyrof, La comtesse Golovkine et son temps, p. 76 et suiv.

(2) Dolgoroukof, Mémoires, t. I, p. 55.

(3) Archive russe, 1875, t. I, p. 86.

(4) Bruce, Mémoires , Londres, 1782, p. 113.