COLLARORATEORS, AMIS ET FAVORIS.
243
apprécier comme industriel et brasseur d’affaires hors pair,comme fondateur de vingt usines : à Chouralinsk, Vynorsk,Vierchniétagilsk, Nijniétagilsk, Douhomsk ; un naturel gai etjovial, un tour d’esprit satirique et mordant en faisaient unémule de Lefort. Il mourut à Toula, en 1725, à l’âge desoixante-huit ans, laissant une fortune immense et, chose pro-digieuse pour le lieu et l’époque, unique presque, une réputa-tion de probité intacte. L’industrie russe a plus lieu de se glo-rifier de cet ancêtre que la marine russe de celui qu’il a plu àPierre de lui attribuer en la personne de Golovine.
Un autre nom de paysan se présente ici sous ma plume, undes plus grands noms de l’histoire moderne en Russie, disputéà la littérature par la science, mais rappelant aussi des pour-suites et des conquêtes industrielles. En disant de Lomonossofque, historien, rhétoricien, mécanicien, chimiste, minéralo-giste, artiste et poète, il a été la première université russe,Pouchkine n’a pas dit encore assez. Né en 1711, Lomonos-sof n’est pas, par la période active de sa vie, contemporaindu grand règne ; il lui appartient pourtant ; il en est l’issuedirecte et le fruit savoureux ; il en personnifie le génie toutentier avec ses vertus civilisatrices, ses lacunes et ses contra-dictions. Nullement oublieux de son origine, s’en faisant untitre de gloire au contraire, il n’en est pas retenu de louer,dans l’œuvre du Réformateur, jusqu’à la loi du servage, dontelle a augmenté la rigueur, et de réclamer, lui paysan, deuxcents âmes paysannes pour le service — à perpétuité — d’uneusine fondée par ses soins. Fils du peuple, il ne se souvientdes chants, des cérémonies et des légendes populaires quecomme d’une chose lointaine, ayant vécu, d’un intérêt pure-ment historique. Une des formes les plus profondes et les plusexpressives de la poésie nationale, les bylines, dont les débrisdemeurent aujourd’hui encore perceptibles dans certaines pro-vinces du Nord, a échappé entièrement à ce poète. Il n’avaitd’oreille et d’âme que pour la poésie classique de l’Occident,avec ses formes propres, bientôt surannées : l’ode, le pané-gyrique, le poème héroïque, la tragédie, l’épître didactique.