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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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savant enthousiaste. Ce commerce, quand il est arrivé à l’éta-blir, n’a porté de bonheur ni à l’un ni à l’autre : tous deux yont paru amoindris.

A partir du jour où, en traversant l’Allemagne, Pierre s’estrévélé à l’Europe, Leibnitz semble en proie à une véritablemonomanie. Il ne parle plus que de la Russie et de son Tsar;il s’agite et forme des projets sans nombre, moins raison-nables les uns que les autres et tendant tous à un seul but :se faire connaître et apprécier du souverain. Il y a une expli-cation naturelle à cette fièvre. Le grand savant, on ne l’ignorepas, se réclamait d’une origine slave, d’une communauté an-cienne de nom et d’illustration avec la famille polonaise descomtes Lubieniecki. Dans une note autobiographique, il insé-rait ces lignes : « Leibnitiorum, sive Lubenecziorum, nomen slavo-nicum, familia in Polonia. » Brouillé avec la ville de Leipzig, ilpubliait à son adresse cette protestation : « Que l’Allemagne« soit moins hère ; ce n’est pas un génie exclusivement alle-« mand que j’apportais en naissant; c’était le génie de la race« slave qui s’éveillait en moi dans la patrie de la scolastique. »A l’entendre, c’est à ce lien de consanguinité lointaine qu’ilaurait aussi fait appel en abordant Pierre à Torgau en 1711 :« Notre point de départ est commun, Sire, lui aurait-il dit.« Slaves tous deux, appartenant à cette race dont personne ne« peut encore prévoir les destinées, tous deux aussi nous« sommes initiateurs de siècles à venir... (1). » La conversa-tion tournait court, malheureusement, et la suite des relationsainsi nouées s’égarait sur des terrains beaucoup moins élevés.En 1697, méditant un plan de campagne scientifique dans leNord, Leibnitz demeurait encore à la hauteur voulue; il endescend précisément en 1711, occupé principalement à cemoment de se faire agréer comme représentant du Tsar à lacour du Hanovre. Le goût de la diplomatie est une faiblesse

(1) Une lettre (lu comte Jean Uubienieçki, publiée récemment par la Revuepolonaise « Kraj » (1896, n° 32), confirme, d’après les données fournies par despapiers de famille, la réalité de cette origine que les éditeurs allemands desOEuvres du grand savant, Klopp, Gubrauer, Pertz, n’ont eux-mêmes pas songéà contester.