LES FEMMES.
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récit d’après lequel Pierre se serait approché du suppliciéayant déjà quelques heures de pal, aurait essayé de le confes-ser encore, et n’aurait reçu pour réponse qu’un crachat auvisage (1), ne mérite aucune créance.
Eudoxie a la vie sauve; mais on choisit maintenant pourelle un cloître plus isolé, sur les bords du lac Ladoga, où onl’entoure d’une surveillance plus étroite. D’après un témoi-gnage, avant d’y être enfermée, elle a subi la peine du foueten vertu d’un jugement rendu par une assemblée d’évêques,d’archimandrites et d’autres ecclésiastiques, et exécuté enplein chapitre par deux moines (2).
A quel sentiment Pierre a-t-il pu obéir en engageant ceprocès et surtout en lui imprimant un caractère aussi féroce?On ne l’imagine pas jaloux de cette épouse répudiée, oubliée etvieillie sous son voile de nonne, et on le sait si indulgent habi-tuellement pour les défaillances de ce genre, pour toutes cellesmême où sa politique n’est pas intéressée. Or celle-ci a bienparu hors de cause en cette affaire. La correspondance d’Eu-doxie avec son amant n’a pu, sur ce point, qu’attester leurparfaite innocence : il n’y est question que d’amour. L’ex-Tsa-rine avait bien cédé à la tentation de reprendre ses vêtementsmondains, et s’était aussi laissé entretenir par son entouragedans l’espoir d’un retour plus ou moins prochain aux splen-deurs d’autrefois ; mais de part et d’autre on n’était pas alléau delà de l’espoir (3). Eudoxie n’a-t-elle pas été en cettecirconstance victime d’une autre jalousie et d’une autrehaine? Laissons passer encore sept années : Pierre est mort,et cet événement, que l’on pouvait croire heureux pour larecluse, devient le signal d’une nouvelle aggravation dans
grossen Execution , Riga, 1718. Voy. encore pour le roman d’Eudoxie et de Glé-bof : Siémievski, Eudoxie Lapouhine , Messager russe , 1859, t. XXI, p. 219265; même Recueil) 1860, t. XXX, p. 559-599; 1859, t. XXIII, p. 299-300.(Etude de Sniégiref.)
(1) Dolgoroukof, t. I, p.32; lady Rondeau, p. 32.
(2) Affaires étrangères de France, Mémoires et documents 9 t. I, p. 129.
(3) De Bie parle bien d’un complot et d’une correspondance chiffrée dontGlébof aurait refusé de livrer le secret; mais il ne fait que répéter des on dit