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L’HOMME.
son sort : on la retire de son couvent, on la conduit à laforteresse de Schlusselbourg et on la plonge dans un cachotsouterrain peuplé de rats. Malade, elle n’a pour la soignerqu’une vieille naine, qui elle-même a besoin d’être assistée etservie. On la tient là deux années. Qui fait cela? Celle quirègne maintenant : Catherine première. Et voici peut-être quirépond également à la question que j’ai posée plus haut. Aubout de ce temps, nouveau changement : brusquement, ainsique dans un rêve, la porte du cachot s’ouvre, des personnagesen grand costume paraissent sur le seuil et, s’inclinantjusqu’àterre, invitent la captive à les suivre ; guidée par eux, ellepénètre dans un appartement luxueusement décoré, qu’on luidit avoir été préparé pour elle chez le commandant de la for-teresse. Pour elle ce lit garni de fine toile de Hollande, aprèsla paille humide du grabat qu’elle vient de quitter ; pour elleces étoffes précieuses sur les murs, cette vaisselle d’or, ces dixmille roubles qu’elle trouve dans une cassette, ces gentils-hommes de cour qu’elle voit dans son antichambre, ces équi-pages qui attendent ses ordres... Qu’est-il arrivé? Catherinepremière est morte à son tour, et le Tsar qui lui a succédé sousle nom de Pierre II est le fils d’Alexis, le petit-fils d’Eudoxie.Elle va à Moscou, la pauvre grand’mère, dont les cheveux ontblanchi dans les prisons, pour assister au couronnement dunouveau souverain ; elle y paraît prenant le pas sur les autresprincesses, environnée de pompe, entourée d’égards. Troptard ! Sa vie est brisée, et d’elle-même elle revient au cloître ;elle terminera ses jours en 1731 dans ce Novodiévitchyï Monas-tyr, asile des grandes infortunes, où Sophie a vécu aprèsl’écroulement de ses ambitions. Une tradition veut qu’elle aitfait aussi séjour à ce moment dans la résidence familiale desLapouhine, à Sérébrianoié ; mais là encore une galerie lamettait en communication avec le cloître voisin de Saint-Georges (1). Son tombeau est au monastère de Moscou, et samémoire est restée vivante jusqu’à nos jours dans les légen-
(1) Archive russe, 1873, p. 652.