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L’HOMME.
remords, il lui donne la terre de Doubino, un domaine consi-dérable, dans le district de Kozielsk. Elle est très quéman-deuse. A tout instant elle sollicite la générosité peu spontanéedu souverain par des billets qu’elle fait rédiger par un secré-taire, les apostillant seulement en mauvais allemand. Elle vajusqu’à invoquer, dans ses requêtes, un patronage des moinsattendus : « Par l’amour de votre fils Alexis Petrovitch, donnez-moi cette terre (1). >> Alexis, on ne l’oublie pas, est l’enfantd’Eudoxie. Elle y joint parfois de modestes présents : quatrecitrons et autant d’oranges qu’elle envoie à Azof, au momentdu siège. Il songe sérieusement à l’épouser, tout en entre-tenant un commerce équivoque avec une amie de la favorite,Hélène Fademrecht, dont il reçoit aussi des lettres adressées :« A mon univers, mon petit soleil chéri, mon adoré aux yeux« noirs et aux sourcils de la même couleur. » Le roman, trèsbanal, durera jusqu’en 1703 et se terminera d’une façon quine l’est pas moins : dans la poche de l’envoyé saxon Kônigseck,qui, entré récemment au service du Tsar, se noie accidentelle-ment au début de la campagne, on trouve un certain nombrede billets, dont Pierre n’a aucune difficulté à reconnaîtrel’écriture et le style. Il a la naïveté de se fâcher; la domicellaMonsiana va en prison, s’en tire à force d’insistance et derouerie, mais ne recouvre la liberté que pour devenir la maî-tresse de l’envoyé prussien Keyserling, qui finira par l’épouser.Elle a du goût pour la diplomatie, et pas assez de retenue pourménager sa fortune. Elle revient en prison, ne conserve detoutes les libéralités du souverain que quelques maigres épaves,y compris son portrait, dont elle défend àprement la possession,— à cause des diamants, croit-on. Et la rancune de Pierre estlongue : en 1707, l’enquête ordonnée à raison de cette vul-gaire aventure durait encore, et Romodanovski gardait sousclef trente prisonniers qui s’y trouvaient impliqués, ils nesavaient trop comment, ni lui non plus. Une année plus tard,Keyserling, déjà marié, profite d’un moment où il voit le Tsar
(1) Voy. les extraits de cette Correspondance chez MokdOvtsef, p. 10-11.