LES FEMMES.
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en gaieté, pour intercéder en faveur d’un frère de l’ex-favorite,qui sollicite un emploi. Il tombe mal ; Pierre l’interromptavec brusquerie, et s’explique avec sa franchise ordinaire :« J’ai élevé la Mons pour moi, avec l’intention de l’épouser;« vous l’avez séduite, gardez-Ia, mais ne me parlez jamais nih d’elle, ni des siens. » Le Prussien insistant, Menchikof in-tervient à son tour : « Votre Mons est une p.; je l’ai eue
« comme vous et comme tout le monde ; laissez-nous tran-« quille avec elle. » La scène, il convient de le dire, se passeà une fête donnée par un seigneur polonais aux environs deLublin, et on est après souper. Elle a un dénouement fâcheuxpour Keyserling : bourré de coups de poing par Pierre et Men-chikof, le Prussien est jeté dehors, précipité au bas d’unescalier. Il se plaint ; on lui donne tort, et l’affaire se ter-mine par des excuses — de sa part (1).
Devenue veuve en 1711, Mme Keyserling survit de quelquesannées seulement à son mari, non sans avoir inspiré une nou-velle passion à un officier suédois du nom de Miller (2).
Pierre était un amant rancunier, mais point inconsolable.Menchikof, qui avait remplacé maintenant Lefort dans sonintimité, se montrait tout aussi apte que le Genevois à luifournir des consolations. Il avait son personnel féminin,comme l’autre le sien : ses deux sœurs d’abord, Marie et Anne,placées par ses soins auprès de la sœur préférée de Pierre,Nathalie; puis les deux demoiselles Arssénief, Daria et Barbe,qui appartenaient aussi à la cour de la Tsarevna, une courressemblant de très près à un harem. Une demoiselle Tolstoïcomplétait ce groupe, et, à partir de 1703 précisément, unesixième recrue y paraissait, qui devait prendre dans la vie du
(1) Sbornik, t. XXXIX, p. 410 (dépêches de Whitworth); Siémievski, VImpé-ratrice Catherine, Pétersb., 1884, p. 33 et suiv. (dépêches de Keyserling) ; Essi-pof, Biographie de Menchikof, Archive russe, 1875; Kostomarof, Histoire russeen biographies, Pétersbourg, 1881, t. II, p. 618; Oustrialof, t. IV, p. 145 etsuiv.; Solovief, t. XVI, p. 67; lady RolNDEau, p. 11. — Kostomarof est le plusprès de la vérité, bien qu’il se trompe sur la date de la mort de Konigseck. (Voy.Lettre de Pierre a Apraxine, 17 avril 1703; Écrits et Correspondance , t. II,p. 152.)
(2) Siémievski, ibid. f p. 60.