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L’HOMME.
gardée en réserve et préparée dans l’ombre. Je n’ai pas à direici comment Catherine sut mettre à profit cet événement aupoint de vue politique. Sa conduit ? privée ne justifia que trop,par la suite, les jalouses préoccupations qui avaient empoi-sonné les derniers jours du grand homme. Après vingt annéesd’un effort continu, d’un contrôle incessant de toutes ses facul-tés, concentrées et tendues avec à peine quelques défaillancesvers un but unique enfin atteint, il y eut chez elle à ce moment,peut-on supposer, une brusque détente du ressort moral, enmême temps qu’un ressaut d’instincts longtemps comprimés :sensualité grossière, goûts de débauche vulgaire, basses incli-nations de l’esprit et de la chair. Après avoir tant fait pourmettre son mari en garde contre les orgies nocturnes, c’est ellemaintenant qui en perpétuera la tradition, s’enivrant jusqu’àneuf heures du matin avec ses amants d’une nuit, Loewen-walde, Devier, le comte Sapieha. Son règne, qui, heureuse-ment pour la Russie, n’a que seize mois de durée, équivaudraà une mise en coupe du pouvoir souverain au profit de Men-chikof et des favoris de passage lui en disputant tour à tourles miettes. Et la compagne dévouée, secourable, héroïque par-fois du grand Tsar ne sera plus guère, à cette heure, qu’unehéroïne d’opérette, une paysanne qu’une aventure invraisem-blable a placée sur le trône et qui s’y divertit à sa façon.