CATHERINE.
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« ensemble, l’on ne mange plus ensemble, ni ne couche ensem-« ble. » En même temps, Marie Kantémir rentrait en scènede façon à attirer l’attention générale. Pierre allait la voir tousles jours. Et c’est à ce moment, croit-on, qu’il sut la véritésur ce qui s’était passé à Astrahan, où, on se le rappelle, lesespérances de la princesse et peut-être celles de son amantavaient été anéanties par une fausse couche suspecte. Lemédecin qui soignait la jeune fille, un Grec du nom de Pali-kala, avait été soudoyé. Par qui ? La réponse vint d’elle-mêmesur les lèvres de l’époux outragé.
Dans l’opinion générale, Catherine était perdue. Villeboisparle d’un procès à la Henri VIII que Pierre aurait médité. Iltemporisait seulement pour assurer préalablement le sort desenfants nés de l’épouse infidèle. Il pressait le mariage de safille aînée, Anne, avec le duc de flolstein. Des tentativesavaient été faites pour unir la seconde, Élisabeth, à un princefrançais, ou même au roi de France en personne. Mais préci-sément ce projet, qui paraissait prendre tournure et gardaitd’irrésistibles séductions, fournissait aussi pour la défense deCatherine un argument tout-puissant. Tolstoï et Ostermann,en pourparlers avec Campredon, le faisaient valoir avec auto-rité : difficilement le roi de France pouvait être engagé à épou-ser la fille d’une seconde Anne de Boleyn (1)!
L’heureuse étoile de la Livonienne devait finir par l’empor-ter. Le 16 janvier 1725, un commencement de réconciliationétait observé entre les époux, assez maussade encore dela part de Pierre et peut-être simulé, mais pourtant significa-tif. Lefort écrit : « La Tsarine a fait un long et ample fuss-« fall (génuflexion) près du Tsar pour la rémission de ses« fautes ; la conversation dura près de trois heures, et l’on« soupa pourtant ensemble, après quoi l’on se sépara. »Moins d’un mois après, Pierre n’était plus, emportant dans latombe le secret de sa rancune et d’une vengeance peut-être
(1) Voy. pour tout cet épisode : Solovief, t. XVIII, p. 245; Scherer, t. IV,p. 18 et suiv. ; Sbornik, t. III, p. 90 (Lefort); Büschings M., t. XI, p. 490 etsuiv. (Rabutin); Villebois, Mémoires. (Manuscrit de la Bibliothèque nationale.)