DE NARVA A POLTAVA.
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nant le dos aux Saxons et aux Polonais, il a voulu d’abord, et ila eu raison sans doute, assurer de ce côté sa ligne de retraiteet ses voies de communication. Il raffermissait ainsi lui-mêmeet cimentait à nouveau une alliance que les défaites communesavaient déjà ébranlée. Repoussé par lui, Auguste se rejette dansles bras de Pierre, et en février 1701 le château de Birzé, prochede Diinabourg, voit le Tsar et le roi de Pologne réunis pour unnouveau pacte, qui scellera leur commune destinée.
Propriété de la jeune femme du comte palatin de Neubourg,née princesse Radziwill, ce château, aujourd’hui en ruine, està ce moment encore une très opulente demeure. Les deuxalliés commencent par y renouveler les plaisirs de Rawa.battu dans la journée comme artilleur (v. plus haut, p. 88),Pierre prend sa revanche au banquet du soir : Auguste s’yenivre tellement qu’il n’y a pas moyen de le réveiller le len-demain et de le mettre sur pied à l’heure de la messe. Pierrey va seul. 11 assiste avec recueillement au service— catholiquecomme de raison, puisqu’on est en Pologne— et s’informe,avec sa curiosité ordinaire, des détails liturgiques. Puis, Augusteayant cuvé son vin, l’orgie recommence et dure trois jours. Ontrouve d’ailleurs moyen de causer politique même à table,tout en continuant le concours d’adresse et de force inaugurépar le tir à la cible. S’apercevant qu’une assiette d’argentqu’il a devant lui n’est pas propre, Auguste la jette derrièrelui, après l’avoir roulée dans ses doigts comme une feuille depapier. Pierre l’imitant aussitôt, tout le service menace d’ypasser ; mais le Tsar s’arrête le premier sur cette réflexionqu’il faudrait songer à en faire autant avec l’épée du roi deSuède (1), et le quatrième jour il finit par entrer en matièreavec le vice-chancelier de Pologne, Szczuka, au sujet de lacoopération de la République dans la campagne future. On nes’entend pas sur les conditions, et la Piépublique reste horsde cause ; mais l’alliance personnelle des deux souverains estconfirmée le 26 février.
(i) Nartof, Souvenirs, p. 26.