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L’OEUVRE.
L’année 1701 sera encore dure pour Pierre. La jonctionopérée entre son armée, remise tant bien que mal sur pied, etl’armée saxonne d’Auguste n’aboutit qu’à une défaite communeet complète sous les murs de Riga (3 juillet). En juin, le Kremlde Moscou brûle. Les bureaux ( prikazes ) avec leurs archives,les magasins d’approvisionnement, les palais deviennent laproie des flammes. Les cloches tombent de la tour d’Ivan leGrand; la plus grosse, pesant 128,000 kilos, se brise dans lachute (I). Mais, au cœur de l’hiver, Chérémétief réussit à sur-prendre Schlippenbach avec des forces supérieures et le bat àErestfer (29 décembre). On imagine l’allégresse de Pierre et ladébauche de manifestations triomphales à laquelle il se livre.Et il ne se contentera pas d’exhiber à Moscou, au milieu d’unepompe renouvelée des Romains, les rares prisonniers suédoisqui lui sont tombés entre les mains. Son esprit utilitaire lepousse encore à en tirer un autre parti, et Cornélius de Bruyn,qui a eu le temps de se familiariser avec les mœurs du pays,raconte tranquillement qu’après avoir vendu les captifs à troiset quatre florins par tête, on en a élevé le prix jusqu’à vingtet trente florins. Les étrangers eux-mêmes se sont décidés à enacheter et font concurrence sur le marché (2).
Le 18 juillet 1702, nouvelle victoire de Chérémétief surSchlippenbach. Trente mille Russes ont eu raison de huit milleSuédois. Le bulletin publié par Pierre veut que cinq millecinq cents de ces derniers soient restés sur le champ de bataille,Chérémétief n’ayant perdu que quatre cents hommes (3). Cerapport met aussi l’Europe en gaieté, mais les Livoniens ontcessé de rire. Yolmar et Marienbourg tombent aux mains duvainqueur, qui ravage horriblement la contrée. Les Russesn’ont pas encore appris à faire autrement la guerre, et Pierresans doute n’en est pas venu à imaginer que cette contréedoive un jour être sienne. Il est, du reste, absorbé ailleurs.Ses anciennes préoccupations et ses anciens travers d’esprit
(1) OüSTIilAI.OF, t. IV, p. 99.
(2) Voyages, Amsterdam, 1718, t. I, p. 52.
(3) Solovief , t. XIV, p. 346.