DE NAIiVA A POLTAVA.
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ont momentanément pris le dessus, et il laisse pareillementApraxine sévir en Ingrie, sur les bords de la Néva, à la placemême où sera sa future capitale, pendant qu’il poursuit àArlrangel la construction de quelques méchantes barques. Enseptembre seulement, chassé par les glaces qui déjà envahis-sent le port septentrional, il reviendra à l’ouest et y retrouverasa voie. Le voici sur le lac de Ladoga. Il y appelle à lui Chéré-métief, et le but qu’il va poursuivre maintenant pendant delongues années se fixe enfin dans sa mouvante pensée : il metle siège devant Notebourg, où il ne trouve qu’une garnison dequatre cent cinquante hommes, et, le 11 décembre 1702, ilrebaptise la petite forteresse, qui a capitulé, d’un nom nou-veau et symbolique : Schliisselbourg, clef de la mer!
La prise de Nienschantz, à l’embouchure même de la Néva,suit, en avril 1703. C’est un succès personnel pour le capi-taine de bombardiers, Pierre Mihaïlof, qui y a fait jouer ses bat-teries. Le mois d’après, l’artilleur redeviendra marin et donneraà la Russie sa première victoire navale : les deux régiments degarde, embarqués sur une trentaine de chaloupes, entourentdeux petits bâtiments suédois qui, ignorant la capture deNienschantz, se sont aventurés dans son voisinage, les prennentet égorgent les.équipages. Une joie folle, enfantine, se traduitdans les lettres adressées par le vainqueur à ses amis (1). fiton ne peut nier qu’il ait raison de se réjouir : il a reconquisl’estuaire historique qui, au neuvième siècle, a donné passageaux premiers Waregs en route vers le sud, vers le ciel de laGrèce, et, le 16 mai, sur un des îlots voisins, des maisons debois s’élèvent, qui se multiplieront, se transformeront enpalais et s’appelleront : Pétersbourg !
Charles XII ne s’est guère inquiété de ces conquêtes et deces créations. « Qu’il fonde des villes, nous en aurons davan-tage à prendre. » Pierre et son armée n’ont eu et n’aurontainsi affaire de ce côté qu’à de petits détachements, épars etcomme sacrifiés d’avance. Us en profitent pour pousser leurs
(1) Solovief, t. XIV, p. 349.