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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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DE NARVA A POLTAVA.

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L’époque se prêtait, hélas! à ces transmutations. L’histoirede Patkul est à peu près celle de Goertz et celle de Struensée.

Le Livonien n’avait même pas les qualités de son nouvelemploi. Trop peu maître de ses nerfs; inquiet et impatient,violent et sarcastique; superficiel enfin et frivole, malgrébeaucoup d’esprit et de savoir. Incapable de gouverner salangue et encore moins sa plume, il indisposait les seigneurspolonais qu’il traitait avec dédain et se mettait mal avec lesgénéraux et les ministres saxons, sur lesquels il rejetait, àcoups de brochures copieusement répandues, la responsabilitéde fautes personnelles, ou tout au moins communes. Incapableaussi, ajouterai-je pour l’honneur de sa mémoire, d’entrer en-tièrement dans le personnage qu’il se laissait entraîner à jouer,il allait, en 1704, h Berlin avec un projet de partage des pro-vinces polonaises, au bénéfice de la Prusse et de la Russie, et,la même année, dans une lettre adressée au chancelier Golo-vine, se réclamait violemment de la tradition nationale contrela Russie et au profit de la Pologne (1). Il tombait ainsi dansle vide. Confident d’Auguste, dont il faisait profession de mé-priser le caractère, et conseiller intime de Pierre, dont le des-potisme « lui déplaisait, disait-il, infiniment » , il se débattaitentre Dresde et Moscou dans un enchevêtrement inextricablede machinations et de tentatives plus hasardeuses les unes queles autres. Il conspirait, en 1703, la chute du chancelier saxoncomte Beichlingen, et, le ministre tombé, il n’avait réussiqu’à se faire quelques ennemis de plus. II commandait, en1704, les troupes auxiliaires du Tsar cantonnées en Saxe, etne parvenait qu’à se faire battre avec elles sous les murs deThorn. Il se laissait envoyer à Berlin pour y négocier unealliance, et, revenu les mains vides, il entamait une correspon-dance avec les ministres prussiens pour leur apprendre « qu’il« était las des affaires du roi de Pologne, et qu’il inclinait à« faire sa paix avec le roi de Suède (2) » . Enfin, quand il

(1) Zaluski, t. IV, p. 285.

(2) Archives de Dresde : Documents concernant l'arrestation du général Pat-kul, 1. 3516; Archives de Copenhague : Relations de Jessen, 1703 — 5.