DE NARVA A POLTAVA.
343
Pierre n’a pas ignoré cette tentative suivie de plusieursautres, et il ne s’est pas interdit de les imiter de son côté. EnPologne, après avoir offet la couronne à Jacques Sobieski, ils’est rejeté sur Rakoczy, avec lequel ses plénipotentiaires sontallés jusqu’à signer un traité en règle (1). Puis, par l’entremisede la Hollande et, celle-ci se dérobant, par celle de l’Angleterre,il a essayé de se procurer une paix séparée avec le Suédois. En1706, Matviéief a passé de la Haye à Londres avec mission decorrompre Marlborough et Godolfin. Le premier refusant lesoffres d’argent, par défiance peut-être de la solvabilité du Tsar,et manifestant des préférences pour une dotation en terres, onlui a donné à choisir Kief, Vladimir, ou la Sibérie avec un revenugaranti de 50,000 écus. On s’est séparé sur les conditions récla-mées par Pierre pour la paix : l’embouchure de la Néva et le lit-toral adjacent. Le tour de la France est alors venu, puis celui del’Autriche. A Versailles, Desalliers, un agent que la France en-tretient en Transilvanie ; à Vienne, le baron Henri Huissen, unancien précepteur du tsarévitch Alexis, se sont entremis, of-frant, l’un toute une armée à employer au gré du Roi Très Chré-tien, l’autre un corps de Cosaques contre les insurgés hongrois.Mais partout les exigences du Tsar ont paru excessives, et d’ail-leurs la perspective d’un contact entre les Cosaques et les voisinsserbes de la Hongrie a médiocrement enchanté l’Empereur.Deux autres démarches simultanées à Berlin, où l’envové dePierre, Ismaïlof, a tenté la vertu du comte Wartemberg avec unepromesse de 100,000 écus, et à Copenhague, oùil s’esttrouvéchargé d’offrir Narva et Derpt aux Danois, n’ont pas mieuxréussi (2).
Mais en se remuant et en se compromettant ainsi, à l’exem-ple de son allié, dans cette série de négociations parallèlementdérogatoires à l’alliance, Pierre a prétendu garder l’alliance etl’allié et en escompter les avantages. Altranstadt le surprendet le prend au dépourvu.
Il rachète l’erreur en prenant vite son parti et en adoptant
(i) Archives Kourakine, t. V, p. xvm et 14.
i^2) Solovief, t. XV, p. 198 et suiv.