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L’OEÜVRE.
celui qui doit, infailliblement, lui assurer la victoire définitive.Il évacue la Pologne; il se replie, et, activant encore les pré-paratifs que le long séjour de Charles en Saxe lui a permis depousser vigoureusement, il se résout à n’accepter le combatque chez lui, sur son terrain et à son heure. Il s’arme d’unepatience nouvelle. Il attendra encore ; il usera son adversaire;reculant toujours et faisant le vide derrière lui, il le forcera às’enfoncer dans le désert des plaines systématiquement dévas-tées, à courir la redoutable épreuve, qui toujours a fait recu-ler les anciens adversaires de la Moscovie, Turcs, Tatares etPolonais : un hivernage au cœur du pays russe. La partiesuprême s’engage, dans laquelle le Tsar aura, selon son expres-sion, dix Russes à jouer contre un Suédois, avec le temps,l’espace, la faim et le froid pour alliés.
IV
Charles, le plus taciturne des grands capitaines, n’a révélé àpersonne le secret de l’inspiration qui, en janvier 1708, l’aengagé à entrer dans le jeu de son adversaire par une marchenouvelle sur Grodno. Au cours de l’année précédente, il avait,dans ses quartiers de Saxe, paru l’arbitre de l’Europe. Vaincueà Hochstaedt et à Ramillies, la France tournait vers lui des re-gards suppliants, et le chef de la coalition victorieuse, Marlbo-rough, venait en solliciteur dans son camp. 11 est peu probableque le grand capitaine ait voulu mettre à profit une révolte deBachkirs, dont Pierre s’est trouvé embarrassé à ce moment. Enfévrier 1708, ils sont à trente verstes de Ivazan! Mais Kazan estloin, et Pierre a des ressources multiples de ce côté. Il réussit àmettre ces révoltés aux prises avec leurs voisins kalmoukes. Ilest tout aussi heureux sur le Don, où presque simultanément unnouveau Razine a paru. En 1707, le prince Georges Dolgorouki,envoyé là-bas pour arrêter une émigration inquiétante des po-