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L’OEUVRE.
De mauvaises nouvelles arrivaient en même temps de l’In-grie, où Luebeker s’est fait battre, perdant, lui aussi, sesbagages et trois mille hommes de troupes excellentes, et Charlesétait déconcerté au point, assure-t-on, de confesser à sonquartier-maître Gyllenkrook qu’il allait au hasard, n’avantplus de plan (1). Arrivant le 22 octobre à Mokochine, sur laDesna, à l’entrée de l’Ukraine, il croit y rencontrer Mazeppa ;mais le vieux chef manque au rendez-vous, voulant temporiserencore, esquiver une résolution décisive. Pour le poussera laprendre, il faut l’intervention des Cosaques de son entouragequ’effraye la perspective de l’entrée des Russes en Ukraine àla suite des Suédois. Mieux vaut se joindre à ceux-ci pourbarrer le chemin à ceux-là. L’un d’eux, Voïnarovski, envoyépar le hetman auprès de Menchikof, est revenu avec des nou-velles terrifiantes : il a entendu des officiers allemands del’état-major du favori dire, en parlant de Mazeppa et dessiens : « Que Dieu ait pitié de ces gens ; demain ils auront les« fers aux pieds. » En entendant ce rapport, Mazeppa « bon-« dit comme un ouragan » , court à Balourine pour y donnerl’alarme, puis, traversant la Desna, il rejoint l’armée suédoise.
Trop tard ! Au milieu des tergiversations et des démar-ches équivoques du hetman, les sentiments populaires, dontkui et Charles ont fait état pour provoquer un mouvementinsurrectionnel, se sont égarés et ont perdu toute consistance.Mazeppa n’a avec lui qu’une troupe de deux mille fidèles ; pasassez même pour couvrir Batourine, où peu de jours plus tardMenchikof le devancera, enlevant ainsi à l’armée suédoiseson dernier espoir de ravitaillement. Avec les forteresses deStarodoub et Novgorod-Siévierski, qui tiennent leurs portesfermées, l’Ukraine tout entière échappe au chef transfuge età ses nouveaux alliés. On le pend en effigie et on le traînedans les rues de Glouhof en présence de Pierre ; un autrehetman, Skoropadski, est nommé à sa place, et l’hiver arrive,un hiver terrible, qui fait mourir les oiseaux de froid.
(i) Luxdblad, t. II, p. 49.