DE NARVA A POLTAVA.
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Au commencement de 1709, les effectifs de Charles ontfondu à vingt mille hommes à peine. Sans oser encore l’abor-der, les Russes l’entourent d’un cercle de jour en jour plusétroit, enlevant les postes avancés, coupant les lignes de com-munication. Pour se donner de l’air, le roi de Suède estpoussé à se mettre en campagne dès le mois de janvier. Ilperd inutilement mille hommes et quarante-huit officiers pourprendre Wespjik, une bicoque (6 janvier). A ce moment,Mazeppa considère déjà la partie comme perdue, et, cherchantune fois de plus à se retourner, il offre à Pierre de livrerCharles, moyennant la restitution de sa charge. Marchéconclu. Malheureusement, une lettre du vieux traître adresséesimultanément à Leszczynski tombe entre les mains du Tsar etle fait reculer : l’homme offre trop peu de sûreté décidé-ment (1). Au mois de mars, l’approche des Suédois s’avançantsur Poltava décide les Cosaques du Zaporojé à se joindre àeux. Mais ce n’est qu’un soulèvement partiel ; à coups d’exé-cutions militaires énergiquement opérées par Menchikof etde manifestes contre les étrangers hérétiques, « qui nient lesdogmes de la vi’aie religion et crachent sur l’image de lasainte Vierge », Pierre en a promptement raison. La prise dePoltava reste la suprême ressource de Charles. U faut y entrerou mourir de faim.
La ville est mal fortifiée ; mais l’armée des assiégeants n’estplus celle qui a combattu sous les murs de Narva. Elle a troplongtemps joui des gras quartiers de la Saxe et de la Polognepour supporter l’épreuve de cette campagne d’effroyablemisère. Avant d’avoir combattu sérieusement, elle est, commea été l’armée russe sous Narva, vaincue par la démoralisation.Même dans l’état-major et dans l’entourage intime de Charles,la confiance dans son génie et dans son étoile a disparu.Ses meilleurs généraux, Rehnskôld, Gyllenkrook, son chan-celier, Piper, Mazeppa lui-même se prononcent contre la pro-longation d’un siège qui menace de traîner. Charles s’obstine :
(1) Solovief, t. XV, p. 361.