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L’OEUVRE.
« Si Dieu m’envoyait un de ses anges pour m’engager à suivre« votre avis, je ne l'écouterais pas (1). » Une erreur indéra-cinable, fruit des trop faciles victoires du début, le porte àestimer au-dessous de leur valeur réelle les forces qui lui sontopposées. Il ne sait, ne veut rien savoir de la nouvelle Russie,colosse dressé sur ses pieds, que Pierre est parvenu enfin àmettre en face de lui. D’aucuns veulent encore que Mazeppal’ait fortifié dans sa résolution fatale, rêvant de conquérirdans Poltava un apanage personnel, un autre Batourine (2).Peut-être enfin la retraite est-elle déjà devenue impossible.
Pierre hésite longtemps à intervenir, toujours défiant,acharné à nmltiplier ses ressources, à augmenter ses chancesde victoire. Du côté même de ses adversaires, tout y contribue :à la fin de juin, ils ont épuisé leurs munitions et restent sansartillerie, presque sans armes à feu d’aucune espèce, réduits àcombattre à l’arme blanche. A la veille du combat décisif, ilsse trouvent sans commandement : au cours d’une reconnais-sance sur les bords de la Vorskla, qui sépare les armées enprésence, toujours téméraire et s’exposant sans nécessité,Charles a été atteint par une halle. « Ce n’est qu’au pied »,a-t-il dit en souriant et en continuant l’examen du terrain.Mais en rentrant au camp il s’est évanoui, et aussitôt, escomp-tant l’effet moral de l’accident, Pierre se décide à franchir laVorskla. En effet, le bruit s’est répandu dans le camp suédoisque le Roi, jugeant la situation désespérée, a volontairementcherché la mort (3).
Dix jours pourtant se passent encore dans l’attente d’uneattaque que les Russes n’osent risquer, et c’est Charles qui à lafin prend les devants, annonçant à ses généraux le 26 juin(7 juillet) au soir qu’on livrera bataille le lendemain. Toujourstrès souffrant, il abandonne le commandement à Rehnskôld,un rude soldat, mais un chef de valeur contestée, n’ayant pasla confiance de l’armée et « cachant, dit Lundblad, son défaut
(1) Fryxell, t. Il, p. 158.
(2) Lundblad, t. II, p. 104.
(3) Ibid., p. 118.