L’OEUVRE.
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les glorieux débris d’une des plus admirables armées quifurent jamais ne luttent un moment que pour ne pas aban-donner leur roi. Au bout de deux heures Charles lui-mêmequitte le champ de bataille, bissé sur un vieux cheval, que sonpère montait déjà. Appelé Brandklepper (Court au feu) parcequ’il devait toujours être sellé pour le cas d’un incendie enville, ce cheval suivra le héros vaincu en Turquie; pris par lesTurcs à Bender, rendu au Roi, repris en 1715 à Stralsund etrendu encore, il mourra en 1718, la même année que sonmaître, à l’âge de quarante-deux ans (1). Poniatowski, le pèredu futur roi de Pologne qui a fait la campagne en amateur,Charles n’avant pas voulu prendre des troupes polonaises aveclui à raison de leur indiscipline, rallie un escadron du colonelHorn pour servir d’escorte au Roi et reçoit dix-sept ballesdans son cafetan de cuir en couvrant sa retraite (2). Le feld-maréchal Rehnskold, le chancelier Piper avec toute sa chan-cellerie, plus de cent cinquante officiers et deux mille soldatstombent aux mains des vainqueurs.
Lajoie de ceux-ci est si grande qu’ils en oublient de pour-suivre les vaincus. Ils commencent par festoyer, Pierre invi-tant à sa table les prisonniers de marque et buvant à la santé«. de ses maîtres dans l’art de la guerre » . Les Suédois quisont encore treize mille ont le loisir de s’arrêter un momentdans leur camp, où, appelant à lui Loewenhaupt, Charleslaisse tomber de ses lèvres pour la première fois de sa vieune demande d’avis : « Que faire? » Brûler les fourgons,mettre les fantassins sur les chevaux d’attelage et battre en re-traite du côté du Dniéper, tel est le parti auquel s’arrête legénéral. Rejoint le 30 juin seulement à Pérévolotchna, surles bords du fleuve, il capitule, ses soldats refusant de sebattre ; mais le Roi a eu le temps de passer sur l’autrebord. Deux barques jointes ensemble portent sa voiture, quel-ques officiers et le trésor de guerre amassé en Saxe. Ma-
(1) Lundblad, t. II, p. 137.
(2) K.astkcki, Biographie de Stanislas Poniatowski , Posen, 1880 (en polo-nais), t. 1, p. 26.