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L’OEUVRE.
besoin aveugle et inconscient de mouvement, d’emploi etd’abus de sa force. Le littoral oriental de la Baltique ne luisuffit pas ; il mettra la main sur le Mecklembourg. Il prétendrarégenter la Pologne et y faire régner l’ordre en défendant laconstitution anarchique du pays. Il préludera à la politiqueslavophile et panslaviste de l’avenir, en attirant Serbes et.Monténégrins à l’ombre de son protectorat et en leur envoyantdes livres et des professeurs à sa solde, alors que ces profes-seurs seraient mieux employés à Moscou, où il n’v a ni écolesni argent pour en entretenir. Il risquera, à ce jeu, de perdre,sur les bords du Pruth, tout le fruit de ses efforts et de sessuccès, et plus encore, d’y précipiter sa fortune tout entièreet celle de son peuple dans un abîme plus profond que celui oùCharles XII a englouti la sienne. A peine échappé par unmiracle à cette catastrophe, il recommencera; sans aucunenécessité, toujours poussé par le seul désir de paraître, defaire figure en Europe, de s’v mêler de tout et d’y frayer avectout le monde, il s’engagera à fond dans un dédale d’intrigueslouches et de combinaisons équivoques, négociant, marchan-dant, politiquant à tort et à travers, au risque encore de som-brer dans ce bourbier, où il ne fera, dix années durant, quepiétiner sur place, entre Berlin, Copenhague et Amsterdam,aux prises avec des ambitions, des convoitises rivales mala-droitement mises en éveil.
Pour se mouvoir et se faire valoir sur le vaste échiquier oùil hasardera ainsi sa nouvelle puissance militaire et sa diplo-matie fraîchement européanisée, tout lui fait défaut, et uneentente suffisante des intérêts divers qui s’y agitent, et la rou-tine des affaires, et le tact et la mesure. Partout, à chaque pas,il heurtera des obstacles, se prendra à des chausse-trapes,plongera dans des bas-fonds, qu’il ne saura ni apercevoir niéviter, tout étonné d’être brouillé avec le roi d’Angleterrealors qu’il s’est allié avec l’électeur de Hanovre, d’avoir of-fensé l’Autriche alors qu’en aidant la Prusse à faire son précarré au détriment de la Suède il a cru servir les intérêts alle-mands. Il mariera sa fille à Dantzick, pour faire plaisir à ses