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L’OEUVRE.
Tout entier à ses combinaisons de haute politique, dontl’Europe centrale est le théâtre, Pierre n a pas prévu ce coup,et se trouve fort au dépourvu pour le parer. Les alliés dont ils’est embarrassé ne pourront lui être d’aucun secours. LesDanois ont déjà été mis à nouveau hors de combat, après unedéfaite complète qui leur a coûté six mille hommes (février 1710),et l’Angleterre en a profité pour renouveler des tentatives faitesantérieurement en vue d’un accommodement entre eux et laSuède. Or Pierre n’a même pas pour le moment de ministre àLondres : Matviéief en a été chassé par ses créanciers, aprèsune algarade fort compromettante (juillet 1708). Au printempsde 1710, le prince Kourakine a bien réussi à lier partie avecl’électeur de Hanovre, Georges-Louis, pour un traité d’alliancedéfensive ; mais ce traité, par lequel le Tsar s’est interdit d’atta-quer les Suédois en Allemagne en tant qu’ils n’y attaqueraientpas eux-mêmes ses alliés, passe pour une demi-trahison (I). Lessujets polonais d’Auguste ne sont pas mieux satisfaits des nou-velles liaisons de leur Roi avec le vainqueur de Poltava. Aucommencement de 1711, Wollowicz viendra à Moscou seplaindre en leur nom des exactions et violences dont ils ont àsouffrir de la part des armées russes. Il réclamera l’évacuationimmédiate des troupes cantonnées dans le pays, une indem-nité pour les excès commis, la restitution de la Livonie et desterritoires polonais en Ukraine, en Lithuanie, sur la rive droitedu Dniéper (2).
Tout cela constitue un état de choses plein de périls, et c’esttout cela qu’il faut laisser derrière son dos, au nord et àl’ouest de l’Europe, pour faire front au sud. Très malhabile àapercevoir les choses de loin, Pierre les voit très bien de près,et, devant cet horizon subitement assombri, son âme se troubleune fois de plus et paraît en détresse. Quittant Pétersbourg enavril 1711, il se préoccupe d’assurer le sort de Catherine et desenfants qu’il a d’elle, et Apraxine, qui se trouve sur le Don,lui écrivant pour réclamer des instructions, il répond (24 avril
(1) Solovief, t. XVI, p. 62.
(2) Archives de Moscou, Pologne, 1711.