DE LA BALTIQUE A LA CASPIENNE.
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1711) que, « malade et désespéré, il n’a pas d’ordre à luidonner (1)». C’est dans cette disposition d’esprit qu’il engagerala campagne de Moldavie, où ce sera à son tour de faire l'ex-périence d’une guerre offensive dans un pays mal connu, avecdes ressources insuffisantes et contre un adversaire estimé audessous de sa valeur.
II
Le plan de campagne auquel il s’arrête, cette fois, estsorti, paraît-il, de son inspiration personnelle. On peut, sansêtre grand clerc en la matière, en apercevoir le vice capital.Les prédécesseurs du grand homme savaient bien ce qu’ils fai-saient quand, après s’être engagés à faire cause communecontre le Turc avec les Polonais ou les Impériaux, ils s’en pre-naient invariablement aux Tatars seuls. Débris encore redou-table de la grande puissance mongole, le khanat de la Griméeconstituait, à cette heure, l’avant-garde des armées ottomanes,et cette avant-garde était ainsi placée que, barrant d’un côté,à l’est, le chemin de Constantinople, elle devait, solidementétablie et comme embusquée dans sa forteresse naturelle duPérékop, prendre infailliblement à revers l’envahisseur, quis’avancerait par la route de l’ouest, à travers les provincesdanubiennes, et lui couper ses communications et sa ligne deretraite. La grande Catherine le comprendra plus tard ens’acharnant à la destruction du Khanat, et Pierre lui-mêmesemblait l’avoir compris en attaquant la Turquie du côtéd’Azof, où il avait sa ligne de retraite assurée par la voie flu-viale. Mais l’attaque par Azof réclamerait le concours d’uneflotte, et celle qui a été construite pour cet objet, à Voronèje, yest immobilisée par l’insuffisance des fonds d’eau. C’est donc
(1) Solovief, t. XVI, p. 71.