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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’OEUVRE.

L’événement ne peut s’expliquer que par l’histoire généraledes guerres conduites par les Turcs. Ces Ottomans y parais-sent toujours pressés de rentrer chez eux et disposés à se con-tenter du moindre avantage pour échapper à la nécessité duplus grand effort. Leurs troupes d’élite, janissaires en tête,sont capricieuses et indisciplinées. Dans la circonstance pré-sente, elles imaginent bien que le vainqueur de Poltava vou-dra vendre cher sa vie ou sa liberté, et Chafirof, par son atti-tude et son langage, les confirme dans cette opinion. Puisé àl’école byzantine, développé à l’école du malheur, l’art d’enimposer est traditionnel en Russie. Peu soucieuses alors d’untriomphe plus complet que celui qu’elles peuvent obtenir sanscoup férir, très indifférentes au sort de Leszczvnski ou deCharles XII, ces troupes se montrent mal disposées à com-battre, et, sachant ce qu’il en coûte de les contrarier, le vizirsuit leur inclination. La paix est signée (1).

Pierre sera merveilleusement prompt, comme toujours, à seremettre des alarmes passées et à reprendre confiance dansl’avenir. Écrivant le jour même à Apraxine, il dit bien n’avoirjamais été en si fâcheuse posture « depuis qu’il a commencé« de servir » , mais en ajoutant aussitôt que « les pertes éprou-« vées d’un côté serviront à fortifier les acquisitions incompa-« râbles conservées ailleurs » . En même temps il n’aura gardede renoncer aux ressources que la mauvaise foi pourra lui offrir,pour corriger les rigueurs de la fortune. Ordonnant de raserTaganrog, il recommandera de ne pas toucher aux fondations,« car les circonstances peuvent changer » , et il ne voudra pasentendre parler de livrer Azof ou d’évacuer la Pologne avantque Charles XII ait quitté la Turquie. En vain lui fera-t-onobserver que la Porte n’a pris aucun engagement à cet égard.Chafirof et le fils de Chérémétief, qu’il a dû envoyer à Constan-tinople en qualité d’otages, se trouveront dans une situationpérilleuse; il n’en aura cure, et, en octobre 1712, il les lais-sera emprisonner aux Sept-Tours, en compagnie de Tolstoï lui-

(1) Solovief, t. XVI, p. 104.