382
I/OEUViîE.
Russie, en même temps que la tendance à répudier les originesasiatiques d’une puissance inclinant à s’européaniser. Ayantservi primitivement à désigner les princes tatars de Kasan, cemot correspond au sar persan, au sir anglais et au sire français,avec une valeur analogue. Dans un traité conclu entre l’em-pereur Maximilien et le grand-duc Vassili Ivanovitch, le titreimpérial a été, un peu par mégarde, attribué au prince mosco-vite, Depuis, on a toujours vécu sur cette équivoque; maisen 1711 Kourakine en était encore réduit à gratter , dans leslettres adressées à son maître par la reine Anne, le qualificatif« tsarienne » accolé à la Majesté du vainqueur de Poltava. Pierrea paru assez indifférent jusqu’à présent à cette revendication etplutôt hostile, exprimant par un mot énergique et pittoresquela raison de ses répugnances intimes : « Ça sent le moisi. » Ilcède maintenant, mais avec une restriction : il sera Empereurde toutes les Russies etnon Empereur diOrient, ainsi qu’on l’auraitvoulu. Et il ne se dissimule pas les difficultés qu’il trouvera àfaire agréer en Europe ce nouveau personnage. En effet, laFrance et la Hollande sont seules d’abord à vouloir le recon-naître. La Suède n’y consent qu’en 1723; la Turquie, dixannées plus tard ; l’Angleterre et l’Autriche, en 1742; la Franceet l’Espagne, en 1745, et la Pologne, la plus directement in-téressée, en 1764 seulement, à l’avènement de Poniatowskiet à la veille du premier partage.
La Russie de toutes les Russies, englobant les provinces con-quises depuis cinq siècles à la civilisation européenne parl’hégémonie polonaise, fera alors définitivement son entréedans l’histoire.
A la fête qui accompagne la proclamation du nouveau titre,le nouvel Empereur tire de sa main le feu d’artifice, l’artistechargé de ce soin ayant été trouvé ivre mort. Il boit lui-mémecopieusement et s’amuse plus que tous ses sujets ensemble.Mais le lendemain, tôt levé comme à l’ordinaire, il se remet-tra au travail. Pour lui la paix ne veut pas dire le repos. A côté,au-dessus même des avantages matériels, qui en constituentle bénéfice immédiat, il entend en retirer pour son peuple