DE LA BALTIQUE A LA CASPIENNE.
385
Plus heureuses ont été d’autres tentatives simultanémentfaites du côté de la Perse. En 1715, Artémi Pétrovitch Volynski,envoyé à la cour du Schah, en est revenu avec un traité decommerce et un projet d’expédition sur une grande échelle.Nommé gouverneur d’Àstrahan en 1720, il n’a cessé deprôner et de préparer cette campagne. C’est elle qui, aulendemain de la paix de Nystadt, remet Pierre en activitébelliqueuse et l’arrache aux douceurs de son « paradis » . A cemoment la situation de la Perse semble d’ailleurs appelerd’elle-même une intervention armée. Après les Lesgues et lesKazykoumyks, dont les incursions dans le pays au courant del’année 1721 y ont ruiné les comptoirs russes et causé à unseul marchand, Iévreïnof, une perte de cent soixante-dix milleroubles, les Afgans pénètrent jusqu’à Ispahan. Si la Russiene se hâte, elle sera devancée par la Turquie, qui annoncel’intention de rétablir l’ordre chez ses voisins. Et Pierreprend son parti : pour utiliser ces circonstances propices etrépondre aux appels énergiques de son gouverneur d’Astrahan,il mettra sur pied toute une armée, et il la conduira en per-sonne.
Le 13 mai 1722, il quitte Moscou, accompagné de Tolstoï,d’Apraxine et de l’inséparable Catherine; le 18 juillet, il prendla mer à Astrahan, avec vingt-trois mille hommes d’infanterie.Sa cavalerie, forte de neuf mille chevaux, ira par terre, suiviepar une nuée de troupes irrégulières, vingt mille Cosaques,vingt mille Ivalmouks, trente mille Tatares. Le rendez-vous estdans la direction de Derbent. Que prétend faire le Tsar aveccette armée de cent mille hommes? Ses projets sont restés àl’état d’énigme. Très probablement, en prenant le contre-pieddes anciennes démonstrations militaires à trop faible effec-tif, il s’est laissé une fois de plus emporter par sa verve.Une fois de plus aussi il a laissé voir ce fonds d’étrange légè-reté qui s’allie chez lui aux plus solides qualités du carac-tère et de l’esprit. Le 23 août, après une rencontre peu meur-trière avec les troupes du sultan d’Outemich, il fait une entréetriomphale à Derbent, où les sénateurs lui envoient leurs féli-
25