Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
395
JPEG-Download
 

L’APOGÉE. — EN FRANCE.

395

Russes sont venus en France et y ont élu domicile; des Fran-çais en plus grand nombre ont cherché un établissement enRussie. Postnikof déjà a eu commission pour embaucher àParis quelques hommes d’art, architectes, ingénieurs, chirur-giens. Il y a trouvé d’abord beaucoup de difficulté. Les Fran-çais sont exigeants, « demandent mille écus par an et croient« aller au bout du monde en allant à Moscou ». Mais peu àpeu le mouvement d’émigration s’est prononcé. Le BretonGuillemotte de Villebois, dont Pierre s’est assuré personnelle-ment les services en 1698 pendant son séjour en Hollande;le Gascon Balthazar de l’Osière, qui, en 1695 déjà, a figurésous Azof dans les rangs de l’armée moscovite, battent là-basle rappel au milieu d’une colonie française naissante. Auxsièges de Notebourg et de Nienschantz je vois encore, dans unrôle très actif, l’officier de génie Joseph-Gaspard Lambert deGuérin, qui plus tard donnera au Tsar des conseils pour lechoix des emplacements sur lesquels Pétersbourg sera bâti (1).

Après Poltava, le flot montera. Deux architectes français,Merault et de la Squire, seront employés, en 1712, aux con-structions de la nouvelle capitale. En 1715, Pierre mettra àprofit la mort de Louis XIV pour se procurer, à bon compte,toute une équipe d’artistes sans emploi : Rastrelli, Legendre,Leblanc, Davalet, Louis Garavaque. La même année, la direc-tion des chantiers de constructions navales établis sur la Névaest confiée au baron de Saint-Hilaire. Un comte de Launayparaît parmi les gentilshommes de la chambre du Tsar; safemme est première dame d’honneur des jeunes princesses,filles du souverain. Une chapelle française est fondée à Saint-Pétersbourg dans l’île de Saint-Basile, et son chapelain, lePère Cailleau, Cordelier, prend le titre d’« aumônier de la na-tion française «. Je dois à la vérité de dire que ce que l’on saitde lui et de sa paroisse n’est pas pour en donner une idée trèsavantageuse. Ce Cordelier est un prêtre relaps, qui, avant dequitter la France, s’y était procuré, par surprise, un brevet

(1) Banticii-Kamesski, Recueil historique, Moscou, 1814, p. 66-67.