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L’OEUVRE.
et où le duc du Maine et le comte de Toulouse sont empêchéspar sa présence de faire accueillir leur protestation contre lesdécisions des commissaires de la Régence portant atteinte àleurs droits (1).
Tout cela constitue un programme passablement chargé,accablant presque, et, tout en l’épuisant consciencieusement,n’en laissant échapper aucun détail, s’appliquant à en tirertout le parti possible, observant, prodiguant les questions etbourrant de notes son calepin, qu’il ouvre à tout instant etsans la moindre gène, où qu’il lui arrive de se trouver, auLouvre, à l’église ou dans la rue; en faisant cela, Pierre nes’est pas refusé davantage les distractions, ni les extrava-gances, ni les excès de débauche qui lui sont coutumiers. Lecôté déplaisant de son séjour à Paris s’est trouvé là. A Tria-non, il a seulement étonné son entourage français en se diver-tissant à l’inonder avec l’eau des fontaines. Mais à Marly, il nes’est pas borné à des gamineries peu dignes d’un souverain.« C’est cet endroit qu’il a choisi », raconte un contemporain,« pour s’enfermer avec une maîtresse qu’il a prise ici et à qui« il a fait toutes ses prouesses dans l’appartement de madame« de Maintenon. » Il a renvoyé ensuite la fille avec deux écuset s’est vanté devant le duc d’Orléans de son équipée, en seservant de termes que le contemporain n’ose reproduire qu’enlatin : Dixit ei se salutavisse quemdam meretricem clecies nocte inuna, et, hiiic. datis pro lanto labore tantum duobus nummis, tuneillam exclamavisse : Satie, Domine, ut vir magnifiée, sedparcis-sime ut imperator mecuni egisti (2). Le bruit des orgies aveclesquelles il souillait les demeures royales est parvenu jusqu’àmadame de Maintenon dans sa retraite profonde. Elle enentretenait sa nièce : « On vient de me dire que le Tsar traîne« avec lui une fille, au grand scandale de Versailles, de Tria-« non et de Marly (3). « On a été obligé de faire venir desmédecins de Paris à Trianon. A Fontainebleau, le Tsar a peu
(1) Marais, Mémoires^ Paris, 1863, t. I, p. 207.
(2) Louville, Mémoires , Paris, 1818, t. II, p. 241.
(3) Lettre citée plus haut.