418
l’oeüvre.
La découverte de la conspiration de Cellamare et celle de lacorrespondance de Schleinitz dans les papiers de l’aventureuxministre jetteront à nouveau sur ces relations un seau d’eauglacée. Le Régent sera d’autant plus porté à s’indigner d’unecomplicité assez offensante, en effet, de la part du ministrerusse, que les manœuvres de Geertz ne seront plus à craindre.Le bourreau y aura mis ordre. Pourtant, la paix bientôt réta-blie avec l’Espagne et l’attitude conciliante du Tsar remettrontpeu à peu les choses sur l’ancien pied. Pierre tient à sortir deson isolement, et, en janvier 1720, Schleinitz en est de nou-veau à faire auprès du Régent assaut de mémoires sollicitantla médiation de la France. Il ne réclame plus qu’une déclara-tion écrite affirmant que le Roi n’a aucun engagement con-traire à l’impartialité désirable chez un médiateur. Mais leduc d’Orléans le prend de très haut : il a dit avoir désavouéCampredon ; sa parole 11 e vaut-elle pas toutes les écritures ?Et le Tsar finit par céder. Il cède sur tous les points,même sur l’adjonction de l’Angleterre à la médiation de laFrance, bien qu’il ait sur le cœur, de ce côté, des griefs consi-dérables (l).
Cet empressement et ce parti pris de condescendance avaientencore une autre raison, secrète celle-ci et devant désormaisdominer la politique du Souverain dans la suite de ses négo-ciations avec le Régent et avec la France. En juillet 1719, lemalheureux La Yie a héroïquement puisé dans son escarcelletrouée le port d’une dépêche, afin d’envoyer d’urgence àParis une nouvelle à sensation : le Tsar s’est mis en tête defaire épouser au Roi sa fille cadette, « très belle et très bien« faite, et qui pourrait passer pour une beauté parfaite si la« couleur de ses cheveux n’était pas tant soit peu ardente » .Il s’agissait de la princesse Élisabeth. Pierre avait d’abordsongé pour elle à un petit-fils du roi d’Angleterre (2). Éconduitde ce côté, il s’est rejeté, avec sa promptitude et sa passionordinaires, sur l’idée d’une alliance française. Mais voici que
(1) Lettre du Tsar au duc d’Orléans, 29 mai 1720. Aff. étr.
(2) Archives du prince Kourakine, t. II, p. 121.