L’APOGEE.
EN FRANCE.
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avant le départ même d’Iagoujinski. Les sachant en route,Campredon n’attendait même pas leur arrivée pour inter-peller ce dernier sur le mode plaisant. Le diplomate russevenait de se débarrasser de sa femme en la forçant à entrerdans un cloître. « Allait-il à Vienne pour y chercher une autreliaison? » — « J’aimerais mieux la chercher à Paris, répon-dait Iagoujinski sur le même ton, mais vous nous avez faittrop attendre. » — « Attendez encore quelques jours. »
Et Massip avec Puylaurent apportaient tout ce que l’envoyéfrançais pouvait souhaiter : des ordres précis, comme ceuxque Bonac avait reçus, de l’argent pour se restaurer, de l’ar-gent encore pour les distributions à faire. Ce qu’on lui donnaitétait très suffisant et ce qu’on lui ordonnait était en sommeassez raisonnable. On n’entendait pas à Versailles confondreles affaires : l’alliance franco-russe en était une, et le mariagedu duc de Chartres avec la Tsarevna une autre. La premièreroulait sur une question de subsides à payer par la France etde services à rendre par la Russie : « On irait en France jus-qu’à quatre cent mille écus par an; la Russie irait-elle jusqu’àla promesse ferme d’un corps d’armée pour le cas d’une guerreen Allemagne? » La seconde affaire était une question deconvenances : si l’apport de la princesse Élisabeth devait con-sister dans la couronne de Pologne, il fallait que cet apportfût réalisé. Pour les conditions accessoires on serait coulant.On consentirait même à la reconnaissance du titre impé-rial récemment revendiqué par le Tsar, mais non pas, évi-demment, sans réclamer le prix de cette concession qui seraitgrande.
Et voilà, semble-t-il, une négociation mise sur un bon pied.Pourquoi n’aboutira-t-elle pas? Comment même subira-t-elleun nouveau retard, assez considérable? En vérité, le cardinaln’y sera pour rien. Les difficultés viendront d’abord de 1 or-ganisation du gouvernement russe et des habitudes de sa di-plomatie, dont j’ai déjà dit quelques mots. Cette diplomatien’agit que dans l’ombre et n’avance qu’à tâtons. Chaque entre-tien est entouré d’un luxe de précautions qui entrave singu-