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L’OEUVRE.
lièrement la marche des affaires. Les ministres, inquiets, tou-jours sur le qui-vive, sont inabordables dans leurs cabinets.Pour leur parler à la dérobée, il faut accepter des rendez-vousjusque dans le café des Quatre Frégates fréquenté par les ma-telots! Le Tsar, défiant, ombrageux, a besoin d’un prétextepour convier un diplomate étranger à un entretien et masquerainsi le véritable objet de l’entrevue. En février 1723 seule-ment, il profitera de la notification de la mort de Madame,dont Campredon se trouve chargé, pour attirer celui-ci danssa maison de Préobrajenskoïé, et derrière des portes soigneu-sement closes, Catherine servant d’interprète, lui parler à cœurouvert. Et alors on s’apercevra qu’on n’est plus d’accord surrien. A cheval sur ses instructions qui n’auront pas varié et nevarieront plus, même après la disparition de Dubois, mêmeaprès la mort du Régent et l’avènement aux affaires du diic deBourbon, Campredon restera attaché aux principes qui avaientparu promettre une entente facile ; les idées du souverain russeauront fait du chemin. U entendra toujours marier sa fille enFrance et la lotir en Pologne, où il suffirait « d’une nouvellemaîtresse spirituelle et touchante, qu’on procurerait au roi ré-gnant, pour provoquer la vacance du trône » ; mais, dans sesdiscours comme dans ses actions, il semblera prendre le contre-pied d’une alliance politique entre les deux pays. Tantôt ilparlera d’une rupture avec la Turquie, à laquelle il voudraitreprendre Azof; tantôt il paraîtra méditer une expédition enSuède pour y installer le duc de Holstein à la faveur d’un sou-lèvement populaire. Il sera question même d’une descente detroupes russes en Angleterre avec le prétendant (1)! Et enaoût 1723, au lendemain de la mort de Dubois, en prenantla direction des relations extérieures, le nouveau secrétaired’État, de Morville, en sera réduit à écrire à Campredon :« Yos dépêches font connaître de plus en plus l’impossibilité« qu’il y a de traiter avec le Tsar jusqu’à ce qu’il ait fixé ses« projets et ses idées... Il faut attendre que le temps et les
(1) Soi.ovief, t. XVIII, p. 131.