Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
435
JPEG-Download
 

LE NOUVEAU RÉGIME.

435

tard, à un banquet donné par le général Chéïne, il s’est emparéd’une paire de ciseaux et s’est mis à couper les barbes desconvives. Son fou Tourguénief l’a imité. Les témoins decette scène ont pu croire à une simple fantaisie de despote.Pierre est presque glabre naturellement, la barbe rare, lamoustache chétive; il a beaucoup bu à la table de Chéïne, etil a choisi cette façon de témoigner sa gaieté. Non pas ! Aquelques jours de là les coups de ciseaux sont sanctionnés parvoie d’oukase, et c’est une vaste réforme morale, intellectuelleet économique, qui s’est annoncée ainsi par un burlesque inci-dent de banquet, entre deux verres de vin! J’en indiqueraiplus loin les éléments sérieux.

La suppression des Streltsy suit de près. Elle est une consé-quence inattendue, mais naturelle au fond, la première con-séquence des projets belliqueux dont l’imagination du jeuneTsar vient de subir, au contact de son ami saxo-polonais,l’irrésistible séduction. Sous les murs d’Azof, Pierre a expéri-menté la valeur militaire de ses miliciens, et cette expériencelui a appris que la force armée qu’il croyait posséder en euxn’en était pas une. Il a annoncé hautement alors l’intention dedévelopper les nouvelles formations à l’européenne, dont l’ex-cellence relative s’est en même temps affirmée, et de faire deses deux régiments de plaisance le noyau d’une organisationnouvelle. Et il a passé la frontière apparemment pour étudierles principes de cette création. L’ancienne armée de la Mos-covie, celle des Streltsy, se voit ainsi condamnée à disparaître.Déjà on la voue aux besognes ingrates. Dans les exercicesguerriers qui ont préludé à la campagne d’Azof, elle a dû tou-jours figurer les vaincus. Après la prise d’Azof, les régimentsde plaisance sont allés à Moscou pour y faire une entrée triom-phale, recevoir les ovations et les récompenses, tandis que lesStreltsy demeuraient dans la ville conquise pour en refaireles fortifications. On les humilie, on les maltraite avant de lesdétruire. Ils se révolteront. En mars 1698, Pierre étant enAngleterre, ils ont envoyé, d’Azof à Moscou, une députationchargée de leurs doléances. Elle est revenue sans avoir reçu