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L’OEUVRE.
vitchyî Monastyr, la Tsarevna a été étroitement surveillée ; undétachement de cent hommes montait la garde devant le cou-vent. Elle a conservé, il est vrai, les moyens de correspondreavec le dehors et d’entretenir des rapports journaliers avec lacour, les autres princesses et tous ses amis. Elle a pu même con-tinuer l’exercice d’une large hospitalité ; les services de la courlui fournissaient tous les jours dix sterlets, deux brochets, deuxbarils de caviar, deux barils de harengs, des pâtisseries, du« beurre de noisettes » , un vièdro (12 litres) d’hydromel, unviédro de bière de mars , quatre viéd.ros de bière ordinaire;toutes sortes de comestibles et de boissons, avec un surcroîtde provisions pour les jours de fête : barils d’eau-de-vie d’aniset tonneaux d’eau-de-vie vulgaire. Romodanovski a permis à sessœurs d’y ajouter encore des friandises, dont l’envoi réguliera servi, pense-t-on, à faciliter un échange de messages secrets.Quant aux partisans de l’ex-régente, ils ont eu de tout tempsleurs grandes entrées au monastère avec la foule des mendiantset des mendiantes qui composaient à Moscou une caste privilé-giée. A certaines époques de l’année les grands obitiels en accueil-laient et en hébergeaient journellement plusieurs centaines,les veuves de Streltsy faisant nombre et tenant le premier rangdans cette population flottante, où se recrutaient habituelle-ment les mécontents (1). Un mouvement de propagande enfaveur de l’ex-régente s’est certainement dessiné avec le con-cours de ces éléments. Une streltchika, Ofimka Kondratiéva,veuve de trois farouches miliciens, s’y est, entre autres, acti-vement employée. Mais aucune apparence de complot propre-ment dit n’est mise au jour.
L’enquête n’a rien prouvé ; elle a servi à exaspérer lesinstincts violents du jeune Tsar, à tremper son insensibilité. Ila assisté aux interrogatoires et aux supplices. Avec plaisir,comme on a cru s’en apercevoir (2), savourant en amateur lecontact des chairs pantelantes, la vue des longues agonies,toute l’âcre saveur de la douleur et de la mort? Je ne le crois
(1) OüSTRIALOF, t. III, p. 157.
;2) Kostomarof, Ilist. de Russie , t. II, p. 516.