Buch 
Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
Entstehung
Seite
439
JPEG-Download
 

LE NOUVEAU RÉGIME.

439

pas; avec curiosité plutôt, en homme assoifé de sensations etinexorablement appliqué à tout voir par lui-même et toucherà tout, son âme s’endurcissant, je le veux bien, et son imagi-nation s’exaltant aussi au milieu de cette orgie de justice sou-veraine. Le procès terminé, il lui faudra encore des exécutionscolossales, des têtes tombant en tas sous la hache du bour-reau, des forêts de gibets, des hécatombes de vies humaines.

Le 30 septembre 1698, un premier convoi de deux centscondamnés part pour le lieu de l’expiation suprême. Cinq sontdécapités en route, devant la maison du Tsar, à Préobrajens-koïé, Pierre lui-même faisant office de bourreau. Le fait estattesté par un grand nombre de témoins, adopté par Fopinioncontemporaine, admis par la plupart des historiens (1). Sifavorablement disposé pour le souverain réformateur, Leib-nitz lui-même a eu un mouvement de révolte et d’indigna-tion à ce propos (2). Et Pierre ne se contente pas de manierla hache; il veut que ceux de son entourage en fassent autant;Galitsine s’y montre malhabile et fait souffrir longtemps sessuppliciés; Menchikof et Romodanovski sont plus adroits.Seuls, les étrangers Lefort et Blomberg, colonel celui-ci durégiment Préobrajenski, se refusent à l’exécrable besogne.Sur la Place Rouge de Moscou, où les condamnés sont conduitsà deux dans un traîneau et tenant des cierges allumés à lamain, on les couche par files de cinquante le long d’un troncd’arbre qui sert de billot. Le 11 octobre il y a 144 nou-velles exécutions; 205 le 12; 141 le .13; 109 le 17; 65 le18; 106 le 19. Deux cents Sireltsy sont pendus devant les

(1) Korb, p. 84; Guarient chez Oustrialof, t. III, p. 40T; Yockerodt (p.IIerrmann), p. 29; Villebois, Mémoires inédits; Solovief, t. XIV, p. 286;Kostomarof, t. II, p. 517. — L’édition du livre de Korb, qui le premier a appelél’attention de l’Europe sur ces atrocités, a été détruite a la suite d’une inter-vention du Tsar auprès de la cour de Vienne. Il en est resté, croit-on, douzeexemplaires. Une traduction anglaise a été publiée d’après une copie con-servée par la Bibliothèque de Frascati. Je me suis servi d'un des exemplairesrarissimes de l’édition originale que j’ai du à la complaisance d’un savant biblio-phile russe établi à Paris, M. Onéguine, qui voudra bien agréer mes remercie-ments.

(2) Guerrier, p. 20.