LE NOUVEAU RÉGIME.
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résumant, les considérations qu’on a fait valoir pour motiverce verdict défavorable.
La grande victoire, a-t-on dit, a précisément diminué l’im-portance stratégique de Pétersbourg et a rendu son importanceà peu près nulle comme port; comme capitale, l’établissementa toujours été une folie. Maître indiscutable désormais de toutle littoral de la Baltique, Pierre n’a plus à redouter une atta-que des Suédois dans le golfe de Finlande : avant de l’aborderde ce côté, ils chercheront à reprendre Narva ou Riga. Si plustard ils viseront Pétersbourg, ce sera parce que Pétersbourgaura acquis une importance politique que rien ne comman-dait de lui donner; au contraire; car, point d’attaque excel-lent, l’endroit se défend mal; il y a impossibilité d’y opérerune concentration de troupes importante : à quarante lieues àla ronde, la contrée est un désert improductif. En 1788, Ca-therine Il se plaindra d’y être trop à proximité de la frontièresuédoise et trop peu à l’abri d’un coup de main que Gus-tave III sera bien près de réussir. Voilà pour le militaire.
Au point de vue commercial, Pétersbourg commande unsystème de communications fluviales qui a son prix, mais Rigaen commande un autre, bien supérieur. A une distance égalede Moscou et de Pétersbourg, à une distance sensiblementmoins grande des centres commerciaux de l’Allemagne, jouis-sant d’un climat plus doux, les ports livoniens, esthoniens etcourlandais, Riga, Libau et Revel, sont, depuis la conquêtede ces provinces, les points de contact naturels de la Russieavec l’Occident. Ils le prouvent éloquemment de nos jours, enaugmentant d’année en année leur trafic au détriment de Pé-tersbourg, dont le commerce, artificiellement développé etsoutenu, va en déclinant. Comme port, d’ailleurs, Pétersbourgest resté, du vivant de son créateur, à l’état de projet, ou àpeu près. Les établissements maritimes de Pierre ont voyagéde Iironslot à Kronstadt. Entre Pétersbourg et Kronstadt laNéva n’a pas alors plus de huit pieds de profondeur; les vais-seaux construits à Pétersbourg doivent, au rapport de Man-stein, être conduits à Kronstadt par des « machines à câbles »,