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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’OEUVRE.

Menchikof en écrivant : « C’est extrêmement amusant » , eten datant sa lettre « du paradis (1) « . On peut douter qu’il aittrouvé beaucoup de compagnons pour partager son allégresse.Facilitées aujourd’hui par l’établissement des voies ferrées,les communications avec la ville étaient, à l’époque du grandrègne, non seulement pénibles, mais périlleuses. Allant deMoscou à Pétersbourg en avril 1723, Campredon dépensaitmille deux cents roubles, noyait huit chevaux et une partie deses bagages, mettait quatre semaines à franchir la distanceet arrivait malade. Pierre lui-même, qui avait devancé le diplo-mate, était obligé de faire à cheval une partie de la route enpassant des rivières à la nage !

Eh bien, en dépit de toutes ces considérations, dont jen’entends pas nier le poids, j’incline à penser que Pierre aété bien inspiré. Qu’il ait répugné à maintenir sa capitale àMoscou, comment ne pas le comprendre? Dans ce milieu nette-ment hostile , obstinément réactionnaire aujourd’hui encore,son œuvre n’aurait pu avoir qu’une existence précaire et tou-jours menacée, à la merci, sinon de son vivant, du moinsaprès sa mort, d’une de ces émeutes populaires, devant les-quelles le pouvoir souverain établi au Kreml s’est si souventmontré désarmé. En jetant la Moscovie hors de sa vie passéeet hors de ses anciennes frontières, Pierre a dû logiquementvouloir extérioriser aussi de même le siège de son gouver-nement. L’aspect et le caractère de son nouvel établissementsont d’ailleurs tout à fait d’une formation de marche et decombat, la pointe tournée à l’ouest; la place du chef et deson chef-lieu y est marquée en tête de la colonne. Ceci posé,et le principe admis d’une translation nécessaire de la capi-tale à l’extrémité occidentale des nouvelles possessions acquisesà l’empire, l’Ingrie a offert, pour cet objet, des avantages pri-mant, je crois, tous les inconvénients que j’ai indiqués plushaut. C’était à ce moment une terre vierge, habitée par unepopulation clairsemée de race finnoise, sans cohésion, sans

(1) Oustrialof, t. IV, p. 273.