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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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RÉFORME MORALE.

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Le brigandage à main armée était si bien dans les mœursdu temps, que Pierre lui-même, mettant toute son énergie enœuvre pour le réprimer, s’y montrera impuissant. En 1710encore, on sera obligé de faire marcher la troupe pour protégerles environs immédiats de la capitale. En 1719, le Collège deInjustice était avisé de la présence, dans les districts de Nov-gorod et de Mojaïsk, de bandes de cent à deux cents brigandsbien équipés (1). Le résident saxon Lefort écrivait en 1723 :« Une troupe de neuf mille voleurs, dont le chef est un colonelrussien réformé, s’étaient mis en tête de brûler l’Amirauté etles autres places à Pétersbourg, et de massacrer les étrangers.On en a pris trente-six, qui ont été empalés et pendus par lescôtes... Nous sommes à la veille de quelque extrémité fâcheuse;la misère augmente de jour en jour; les rues sont pleines degens qui cherchent à vendre des enfants. On a fait publier dene rien donner aux mendiants; que deviendront-ils, sinon desvoleurs de grand chemin (2)'? »

Ces voleurs armés contre les étrangers sont des représen-tants authentiques de la vieille Russie, et je n’aperçois riend’idyllique dans leur cas. Les traits saillants, caractéristiques,du passé dont ils ont à se réclamer n’en laissent pas voirdavantage. Sauvagerie et grossièreté. Le précepteur allemanddu tsarévitch Alexis, Neugebauer, est renvoyé en 1702, parcequ’il s’est avisé de trouver malséant que son élève vidât lecontenu de son assiette dans les plats destinés aux autresconvives. Nulle sociabilité au sein de ce peuple, qui, dominépar l’ascétisme byzantin, tient la science pour une hérésie,l’art pour un scandale, la musique, le chant, la danse, pourune offense à Dieu. L’amour, même béni par l’église, luiparaît matière à scrupules. S’inspirant de l’esprit du Domos-troî, Possochkof recommande aux nouveaux mariés de passerles deux premières nuits en prière : la première, pourchasserles démons; la seconde, pour honorer les patriarches. Dans laclasse aristocratique, les femmes se morfondent derrière les

(1) Soj.ovief, t. XVI, p. 251.

(2) Sbornik, t. III, p. 354, 360.