RÉFORME MORALE.
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ment pour y réussir, comme il y réussira en partie, ses procé-dés de terreur et de justice sommaire, tels que la pendaisonen 1703 sous les murs de Notebourg d’une compagnie entièrede fuyards, n’auraient pas suffi. Il lui a été donné de fairevaloir un certain fonds moral préexistant dans ces âmesobscurcies et avilies : le fanatisme du foyer, l’endurance, ladocilité sans limites, l’abnégation sans bornes. Mais c’est tout.Le reste est son œuvre.
Cette œuvre n’est pas sans reproche. Elle se ressent de tousles défauts et de toutes les insuffisances de l’ouvrier. En com-mençant par le coupage des barbes et par la réforme du cos-tume, le Réformateur n’est certes jms allé au plus pressé ni auplus sérieux. Le costume russe de la fin du dix-septième siècleétait sans doute également incommode et disgracieux. Sestraits distinctifs : l’ampleur -et le nombre des vêtementssuperposés, avaient pourtant leur justification dans la naturedu climat. Sur la chemise brodée et les larges pantalons ren-trés dans les bottes le gentilhomme russe mettait d’abord unoupane ou gilet en soie de couleur, puis un cafetan ajusté aucorps, descendant jusqu’aux genoux et se terminant en hautpar un col droit de velours, de satin ou de brocart. Les man-ches, longues et larges, étaient attachées aux poignets avecdes boutons en pierres plus ou moins précieuses. C’était levêtement d’intérieur. Pour le dehors, il convenait d’y ajouterd’abord une ceinture en tissu persan, puis sur le cafetan unferiaz, long et large vêtement en velours, sans taille et sanscol, boutonné par devant de bas en haut avec, toujours, delongues et larges manches. Sur le feriaz venaient en été : Yopa-cliegne ou ohabegne, large manteau d’étoffe précieuse traînantjusqu’aux talons, avec de longues manches et un col carré; enautomne : Yodnoriadka, vêtement plus chaud en tissu de poilou de drap; en hiver : la chouba, pelisse garnie de fourrures.La barbe bien fournie était un complément naturel de cetaccoutrement et également précieux au point de vue climaté-rique. Quant au point de vue esthétique, il semble qu’il con-vienne de l’éliminer du débat. Dans tous les temps et sous