RÉFORME MORALE.
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« mes à un travail si pénible, nous vînmes à bout de notreit ouvrage en l’espace de trois heures, à sept que nous étions,« outre Sa Majesté. Les fumées du vin s’étant suffisamment« abattues pendant ce temps-là, il ne nous arriva aucun acci-« dent, si ce n’est qu’un certain ministre, qui travaillait avec« trop d’action, fut surpris par la chute d’un arbre qui le« blessa légèrement. Le Tsar nous ayant remerciés de la peine« que nous avions eue, on nous régala le soir à l’ordinaire,« et on nous donna encore une si forte dose de liqueur qu elle« nous envoya coucher sans sentiment. Nous n’avions pas« dormi une heure et demie qu’un favori du Tsar vint nous« réveiller vers minuit et nous conduire malgré nous chez le« prince de Circassie, qui était couché avec son épouse. Il nous« fallut rester jusqu’à quatre heures du matin à côté de leur litii à boire du vin et de l’eau-de-vie, en sorte que nous ne savions« plus comment faire pour regagner notre logis. Vers les huit« heures, on nous invita à aller déjeuner au château ; mais, au« lieu du café ou du thé auquel nous nous attendions, on nousii présenta de grands verres d’eau-de-vie, après quoi on nous« envoya prendre de l’air sur une haute colline, au pied de« laquelle nous trouvâmes un paysan avec huit méchantes« haridelles, sans selles ni étriers, et qui toutes ensemble ne« valaient pas quatre écus. Chacun s’empara de sa monture,ii et, dans cet équipage comique, nous passâmes en revue« devant Leurs Majestés Tsariennes, qui étaient aux fenè-« très (I). »
Observons encore que ces façons sauvages allaient de pairavec une dissolution et un cynisme de mœurs dont Pierreétait également le premier à donner l’exemple. Sur le pointd’épouser la fille du souverain, le duc de Holstein affichait àPétersbourg, sans que son futur beau-père y trouvât à redire,une maîtresse en titre dont il protégeait le mari.
A beaucoup d’égards, Pierre n’est arrivé en réalité, sur cepoint, qu’à superposer une corruption à une autre, et la thèse
(1) Weber, Nouveaux Mémoires, Paris, 1725, t. ï, p. 148. Weber représen-tait à cette époque la cour de Hanovre.
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