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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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RÉFORME MORALE.

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avaient peine à pénétrer au fond des consciences, glissant surles âmes réfractaires comme un vêtement mal ajusté. Rappeléde lOural, Demidof lavait dénoncé comme concussion-naire, Tatichtchef lui-même invoquait pour sa défense uneconception du monde moral ne paraît encore rien deu-ropéen : « Pourquoi reprocher en principe à un juge de se« faire payer ses services par ses clients? La récompensen est honnête si le jugement lest aussi (I). » En 1715, oninstruisait une colossale affaire de malversations découvertesdans les fournitures de larmée, et les prévenus sappelaient :Menchikof; lamiral Apraxine ; le vice-gouverneur de Péters-bourg, Korssakof; le chef de lamirauté, Kikine; le premiercommissaire du même département, Siéniavine ; le grandmaître de lartillerie, Bruce; les sénateurs Volkonski et La-pouhine !

Le rude travailleur quétait Pierre ne parvenait pas davan-tage à vaincre entièrement, chez ses sujets, les habitudesinvétérées de paresse, dinertie physique et morale. Des hom-mes valides allaient par milliers dans les rues, mendiant plutôtque de faire œuvre de leurs dix doigts. Quelques-uns, se met-tant des fers aux pieds, se faisaient passer pour des prisonniers,envoyés dans la rue (suivant une méthode que les pénitenciersde lépoque pratiquaient en effet) pour demander leur subsis-tance à la charité publique. Loisiveté insouciante, ménagèredune misère affreuse, continuait à régner dans les campagnes.« Quand le paysan dort, dit Possochkof, il faut que sa maisonbrûle pour quil se décide à quitter son lit; il ne se dérangerapas pour éteindre celle du voisin. » Aussi les incendies détrui-sant des villages entiers étaient fréquents, et facile aussi labesogne des'bandes de brigands appliqués à piller ce que lefeu épargnait, sans que les habitants savisassent de se réunirpour repousser les malfaiteurs. Ceux-ci entraient dans unechaumière, chauffaient le moujik et sa femme pour leur fairedire ils avaient caché leur argent, enlevaient les meubles,

(1) Solovief, t. XVIII, p. 189.