REFORME MORALE.
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salité de leur enseignement. Les écoles? J1 en existait à peinequelques-unes auprès de quelques monastères. L’universalité del’enseignement? Elle se résumait, je crois bien, dans la lecturedes Livres saints, avec à peine des notions élémentaires degéographie et d’histoire. Sur la tombe du Réformateur, FéofanPropokopovitch, peu suspect de partialité au détriment de cetenseignement ecclésiastique, rappellera qu’à l’époque où laRussie n’en connaissait pas d’autre, on aurait eu de la peine ày trouver un compas ! Dans les abécédaires contemporains,j’aperçois des exercices par demandes et réponses, qui sontcurieusement révélateurs du niveau intellectuel correspondant.Demande : « Qu’est-ce que l’élévation du ciel, la largeur dela terre, la profondeur de la mer? » Réponse : « L’élévationdu ciel, c’est le Père; la largeur de la terre, c’est le Fils ; laprofondeur de la mer, c’est le Saint-Esprit. » Demande : « Àqui a été donné le premier écrit du Christ? » Réponse : «Al’apôtre Caïphe {sic) ! »
En réalité, la période d’ éducation n’existait pas pour leshommes russes de ce temps. Le passage de l’enfance à l’âgeadulte s’opérait sans transition. Aussi les esprits conservaient-ils jusque dans leur maturité quelque chose de la fraîcheur,mais également de la naïveté enfantine. J’y aperçois un clair-obscur d’aube matinale, rempli de formes indécises et con-fuses ; un mélange de superstitions païennes et de légendeschrétiennes bizarrement défigurées. Péroune, le dieu du ton-nerre, n’est que remplacé par le prophète Élie sur son char quiroule dans les nuages. Phénomènes du monde physique et phé-nomènes du monde moral passent uniformément pour un effetde forces mystérieuses et redoutables, devant lesquelles on sesent désarmé, misérablement impuissant (1).
C’est à cette conception chimérique des réalités de la vie,où les instincts de fainéantise trouvent leur compte, que Pierreentend principalement s’attaquer — par l’éducation. Ses idées
;i) Zabiélise, La société russe avant Pierre le Grand; Essais historiques,Moscou, 1872, p. 90 et suiv. ; Solovief, Histoire de Russie , t. XIII, p. 184 etsuiv.