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L’OEUVRE.
par l’envoi d’un grand nombre de jeunes gens dans les maisonsd’éducation de l’étranger. Mais là encore des obstacles surgis-sent : l’Angleterre défend ses établissements contre l’invasiondes intrus. L’argent fait défaut; deux jeunes gens envoyésà Paris en 1716 et 1717, dont le nègre Ibrahim, y crientmisère : à eux deux ils n’ont pas un écu par jour à dépenser ! Laparesse, toujours, s’en mêle, et aussi l’inconduite. En 1717, leprince Repnine adresse une supplique au souverain pourobtenir le retour de ses deux fils, qui, au lieu d’apprendre lemétier des armes en Allemagne, ne font que s’y endetter. AToulon, l’administration a dû, à la même époque, prendre desmesures disciplinaires contre des jeunes gens russes admisdans le corps des gardes-marine ; au rapport de l’agent Zotof,ils se querellaient, s’injuriaient « comme les gens de la plusbasse condition ne le font pas ici », et en arrivaient même hs’entre-tuer « autrement qu’en duel » . On a été obligé de leurenlever leurs épées (I).
En somme, la Russie reste tributaire de l’Europe pour lerecrutement de ses états-majors militaires, scientifiques, artis-tiques ou industriels, et si elle réussit à remplir tant bien quemal ses casernes, un vide fâcheux subsiste ailleurs dans lescadres ainsi constitués. Pierre ne se décourage pas pourtant;il continue à aller de l’avant. Après son séjour à Paris, il esthanté par le désir de posséder à Pétersbourgune Académie dessciences.
Avec les projets sans nombre dont il provoque la rédaction,avec les observations qu’il recueille de tous côtés, avec cequ’il y ajoute de son propre fonds, il arrive à se faire de cettecréation une idée aussi ambitieuse que mal définie. Elle luisemble appeler à combler d’un coup tous les vides désespé-rants et de l’organisation scolaire qu’il s’est donné la tâche detirer du néant, et de la vie intellectuelle qu’il a espéré susciterautour d’elle. Il se rend bien compte, jusqu’à un certain point,de l’insuffisance des matériaux dont il dispose pour mettre
(1) PlÉKAItSKI, t. I, p. i63.