RÉFORME MORALE.
473
l’œuvre sur pied, et c’est pourquoi, contre son habitude, ilhésite longtemps; il tâtonne; il laisse passer les années.En 1724 seulement, une année avant sa mort, il prend parti,à sa façon, avec un trait de plume. Au bas d’un rapport deFick sur la nécessité de se procurer en Russie des employéscapables, il écrit : « Sdiélat akadémiou. « (Faire une académie.)
Dans les petites villes de province, à Paris même dansquelques quartiers excentriques, on voit des établissements àcaractère mixte, mi-échopes, mi-bureaux de tabac, où se ven-dent concurremment les timbres, les épiceries, les cigares, lesustensiles de ménage, les journaux et même les livres. C’est letype du bazar primitif, auquel les grands magasins universelsde notre époque semblent revenir par un circuit fréquentdans l’histoire des civilisations. La différence est dans la con-fusion qui règne là et qui est remplacée ici par un classementméthodique. L’Académie créée par un oukase de Pierre leGrand est un bazar rudimentaire; on y voit bizarrement juxta-posées et confondues les trois formes classiques du gymnaseallemand, de l’université allemande et de l’Académie française.C’est une école, mais en même temps aussi une société savanteet un cénacle artistique. Et, au fond, cette bizarrerie s’expliquetrès bien : comme dans les boutiques, où les paquets de chan-delle avoisinent les volumes à couverture jaune, elle corres-pond à un degré inférieur de développement spécifique.L’Académie établie à Moscou avant l’avènement du Réforma-teur revêtait pareillement un caractère mi-ecclésiastique, mi-séculier. L’œuvre n’en a pas moins provoqué des critiquesacerbes et en partie justifiées (1). Comme établissement sco-
^1) Les jugements défavorables des diplomates contemporains^ Pleyer et Vocke-rodt, publiés par Herrmann, ont donné lieu en 1874 à une polémique assez vive, àlaquelle l’éminent slaviste français, M. Léger, s’est trouvé mêlé. Dans le Journal duMinistère de VInstruction publique janvier 1874], puis dans la Revue l'usse,M. Bruckner s’était fait le défenseur de Pierre et de ses académiciens. Un articlede M. Léger publié dans la Revue critique ^1874, n° 14) a appelé l’attention deM. Herrmann sur ce plaidoyer, auquel il a jugé à propos de répondre par unebrochure fort agressive {J. G. Vockerodt und der Professor fur Russische Ges-chichtc zu Dorpat , A. Bruckner _, 1874), suivie d’une réplique assez verte dans laRevue russe , 1875, t. VI, p. 113.