474
L’OEUVRE.
laire, elle n’a jamais fonctionné sérieusement, faute d’un audi-toire qui fût en état de suivre les cours professés par deshommes tels que Hermann, Deslisle, Bernoulli, abordant lesplus hauts problèmes des sciences spéculatives, traitant de ma-thématiques transcendantes, étudiant les antiquités grecqueset latines. Comme société savante, elle a certainement serviles intérêts généraux de la science et même ceux, particuliers,de la Russie. La valeur pratique des recherches d*un Deslislepour la cartographie russe n’est pas contestable, pas plus quecelle des travaux de Bayer pour l’étude des antiquités grecqueset romaines. Reste à savoir si les 24,912 roubles assignéspour l’entretien de l’institution sur les revenus de Narva, deDerpt et de Pernau n’auraient pas pu trouver un meilleur emploien un pays et en un temps où le luxe intellectuel a pu, à bondroit, paraître hors de saison, et où, avant d’avoir des livres descience transcendante, on devait songer à avoir des lecteurspour des publications d’ordre beaucoup plus élémentaire.
Mais la vraie école du grand règne, la seule qui n’ait pasfailli à son programme et à sa tâche, a été, en fait de savoircomme en fait de morale, celle dont Pierre s’est constituépendant trente ans le maître enseignant, cette école du grandexemple, dont j’ai parlé plus haut; oui, sa curiosité univer-selle, sa fièvre de tout apprendre, communicative par essenceet communiquée quand même, dans une certaine mesure, àses Russes. Et, à part cela, on ne peut même lui reprocherd’avoir négligé les éléments, les rudiments de cette initiationintellectuelle dont il a voulu être l’ouvrier.
III
L’initiation intellectuelle.
Et d’abord il a plus fait que d’apprendre à lire à ses sujets ;il leur a donné jusqu’à une langue nouvelle, créée de toutes