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L’OEUVRE.
c’est aujourd’hui la langue que parlent et écrivent cent mil-lions d’hommes.
De faire traduire Puffendorf par une réunion d’ecclésiasti-ques peut passer pour une idée assez singulière ; mais c’estl’habitude de Pierre, on le sait, de faire flèche de tout boispour atteindre le but visé. Il lui faut des livres, et, après s’étreadressé à l’administrateur de son imprimerie, Polycarpof,pour avoir une histoire de Russie, peu satisfait de l’ouvragequ’il en a obtenu, il en chargera les employés de sa chancel-lerie, dont il vient d’adopter et de consacrer la langue. Pouravoir un musée, il fera appel de même au zèle de tous sessujets et prendra, sans y regarder de près, tout ce qu’ils luidonneront en fait de curiosités : veaux à deux têtes ou enfantsmal conformés, s’appliquant en même temps à les persuaderque les « monstres » ne viennent pas du diable, ainsi qu’ilsinclinent à le croire. Et n’est-il pas touchant, au fond, dansson effort, souvent mal calculé, maladroit, portant à faux,mais incessamment renouvelé, jamais lassé, toujours tenduvers ce but rayonnant de lumière et de progrès qu’il a devantles yeux? Et il arrive, après tout! En 1719, deux officiers desa flotte, Ivan Iévreinof et Féodor Loujine, partent pour unvoyage d’exploration du côté du Kamtchatka ; ils sont chargésde chercher la solution d’un problème posé par Leibnitz :l’Asie et l’Amérique se touchent-elles de ce côté, ou sont-ellesséparées par la mer? L’expédition n’a pour résultat qu’une cartedes îles Kouriles ; mais, poursuivant son idée, Pierre revient àla charge, en 1725, avec Behring, et le détroit, qui a immor-talisé le nom du hardi explorateur, est découvert.
Dans les Mémoires de l’Académie de Paris, Delisle l’aînéparle d’une carte de la Caspienne et des provinces limitrophesqui lui a été montrée par Pierre en 1717 et qui, sans être toutà fait exacte, rectifiait les notions possédées alors en Occidentsur ces pays. En 1721, trente cartographes travaillant isolé-ment sont occupés déjà dans diverses provinces de la Russie.Pierre leur a donné une instruction un peu sommaire, à samanière : « Dans chaque ville on déterminera la latitude au