478
L’OEUVRE.
et occasionnera une dépense annuelle de 400 roubles (1). Dansles jardins qui entourent le Palais d’été, soixante groupes defigures servant d’ornement aux jeux d’eau racontent au publicpétersbourgeois les fables d’Ésope. Le texte des fables estaffiché auprès. Les figures en plomb doré manquent de beauté,mais l’intention didactique est excellente.
Comme instrument de propagande intellectuelle, Pierre n’aeu garde d’oublier le théâtre. On sait peu de chose sur l’his-toire du théâtre en Russie avant le grand règne. Dans quel-ques cloîtres de Kief et de Moscou, plus tard à l’hôpital del’ancienne capitale, des représentations périodiques avaientlieu, s’inspirant des exemples donnés par les maisons d’édu-cation des Jésuites. Gomme pièces, des sujets religieux ;comme acteurs, des séminaristes et des étudiants. Une miseen scène sommaire et un style très grossier. On en plaisantaitau faubourg Allemand. On racontait que, dans un spectaclefigurant l’Annonciation, la Vierge répondait à l’Ange : «Est-ceque tu me prends pour une c.... (2)? » En 1672, année de lanaissance de Pierre, le théâtre faisait son entrée à la cour.Soumise au joug de l’ascétisme byzantin et aux préceptes dudomostroî, la première femme d’Alexis, la Miloslavska, avaitété hostile aux représentations ; la seconde, d’un caractèregai, d’un esprit plus ouvert, leur ouvre les portes du Kreml.La troupe était allemande, mais on attendait d’elle qu’elle fîtdes élèves russes avec les élèves des bureaux d’État (poddia-tchyié ) qu’on lui donnait en apprentissage. Elle mettait enscène, avant Racine, l’histoire d’Assue'rus et d’Esther, où l’ondécouvrait des allusions à celle d’Alexis et de Nathalie. Lamort d’Alexis et les années troublées qui suivaient coupaientcourt à ces divertissements. Sophie passe, il est vrai, pouravoir fait jouer, vers 1680, à l’intérieur même du terem, despièces de sa façon, une traduction entre autres du Médecinmalgré lui de Molière. Elle y aurait même paru comme actrice.
(1) Golikof, t. X, p. 42.
(2) Haicold, Bellay en zum neuveranderten Russland, Leipzig, 1770, t. I.
p. 399.